La Gazette Drouot
Une toile de François-Marius Granet
Récréation latine

Granet ne s’est pas confiné dans l’ombre des cloîtres, comme le prouve un tableau inédit, bientôt en vente. En route pour une ancienne villa tiburtine...

Le jeune François- Marius Granet, à Aix-en-Provence, travaille au-près de Jean-Antoine Constantin, qui, tout juste rentré de Rome, lui transmet le goût des ruines et des monuments chargés d’histoire. Peu convaincu par le classicisme mythologique de David, lui aussi part donc pour la Ville éternelle, en l’an 1802, à la recherche de motifs nouveaux. La vue du Colisée lui arrache des cris d’admiration, tant l’impressionne la lumière illuminant les voûtes : «Je ne me croyais plus de ce monde» ! Pendant un quart de siècle, Granet va faire de l’Italie un atelier à ciel ouvert. Trouvant là son accomplissement artistique, il y rencontrera aussi Nena Di Pietro, sa future femme. Le peintre, fasciné par les vues d’intérieurs, poursuit néanmoins la veine religieuse, entamée avec Le Cloître des Feuillants de la rue Saint-Honoré, tableau exposé au salon de 1799. Il peint les hauts lieux romains du passé chrétien, qui lui valurent le surnom de «peintre des cloîtres». Ce monde clos et ténébreux révèle un romantisme naissant, proche des aspirations de Chateaubriand et dont le point d’orgue est atteint dans la grand-messe célébrée par Le Choeur de l’église des Capucins, place Barberini. Présentée au salon de 1819, l’oeuvre connaît un succès tel, que Granet en fait aussitôt d’autres versions. Les longues séances nécessaires dans les cryptes glacées et les églises humides lui causent toutefois de sérieux refroidissements. Aussi, Granet se refait-il régulièrement une santé à Tivoli, où le climat est plus doux et l’air plus limpide qu’à Rome. D’autant que le site, éminemment pittoresque, allie la beauté de la nature à l’éclat de l’art. En 1811, le peintre n’hésite pas à séjourner en table d’hôte à l’auberge du temple de la sibylle. Il devait également confier, lors de son dernier séjour romain, en 1830 : «Je me faisais une fête de revoir ces belles eaux, ces riches cascades, les temples de la Sibylle et de Vesta. J’avais dévoré des yeux cette plaine de Rome, si riche en souvenirs et si pittoresque par l’abandon où les hommes les ont laissés.» Notre toile, sans doute peinte en 1819, transcrit les vestiges d’une villa tiburtine ; à la fois paysage et scène de genre, elle peut être rapprochée d’une Vue des écuries de la villa Mécène à Tivoli, huile sur papier conservée au musée Granet. Le chevalier romain au célèbre nom s’était fait bâtir une demeure dont, au début du XIXe siècle, il ne subsistait malheureusement qu’une grande galerie.
laboureur
Adjugé 26 000 euros au marteau.
François-Marius Granet (1775-1849), Peintre et jeunes femmes sous une voûte, peinture sur toile, signée, 55 x 65 cm.
Orléans, samedi 15 octobre 2011. Binoche - De Maredsous Hôtel des ventes Madeleine SVV
À l’arrière-plan de la composition, une immense voûte capte la lumière et ouvre le regard sur la plaine du Latium. Granet, admirateur du réalisme des écoles du Nord, représente des lavandières revêtues de costumes traditionnels. Rem-plaçant le sujet historique par une narration pittoresque, il se range ainsi parmi les artistes qui créent alors la mode des paysanneries italiennes. Mais le principal acteur de la scène est un peintre travaillant sur le motif. Est-ce un autoportrait ? En 1809, Ingres a figuré Granet au Quirinal, tenant un portfolio qui renferme plusieurs études faites au vif. En effet, notre homme en découd avec l’enseignement académique et multiplie les petits formats esquissés d’un seul jet, inondés d’une belle lumière gris ocre. S’agit-il plutôt du portrait d’un de ses confrères, dont les noms – Pierre-Athanase Chauvin, Nicolas Boguet, Noël Clérian et Achille-Etna Michallon – apparaissent sur le mur de gauche ? On ne sait, mais tous ont partagé et préconisé une esthétique nouvelle du paysage. Ce tableau, qui aurait appartenu à la collection de Mailly, magnifie la technique du plein air. Manifestant une science des valeurs, une réelle sensibilité à la lumière, il dévoile toute la modernité de Granet et annonce l’art d’un autre Aixois, Paul Cézanne.
La Gazette Drouot N°35 -14 octobre 2011 - Chantal Humbert


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