La Gazette Drouot
Reliquaire à paperolles
À PARIS / Papiers parlants

Objets de piété, les reliquaires à paperolles étaient tombés en désuétude. Une exposition, l’an dernier,
et la dispersion prochaine d’une collection les remettent au goût du jour.

Avec l’essor de l’imagerie pieuse au XVIIe siècle, des artisans allemands composent de sublimes compositions imprimées sur feuille d’or, d’une finesse remarquable, comme en témoigne celle figurant huit saints, réalisée à Nuremberg au XVIIIe siècle et conservée aujourd’hui au musée de l’Imagerie, à Épinal. On ne sait exactement à quelle époque les moniales prirent ce type d’estampe comme motif pour réaliser des reliquaires, destinés à la méditation pendant leur confection, et à la dévotion privée pour les mécènes du monastère et de leurs familles. À partir du concile de Trente (1534-1565), la production d’oeuvres en papiers roulés (appelés «paperolles» au XIXe siècle) prospère. Les soeurs cloîtrées utilisent des matériaux bon marché, mais produisant un riche effet, en premier lieu le papier découpé en fines bandelettes. Elles leur adjoignent de petites aquarelles ou gouaches, représentant des scènes de la vie du Christ et de la Vierge ou des saints, et parfois des figurines en terre ou en cire. Comme les oeuvres conservées dans les églises, ces «boîtes à nonnes» contiennent des reliques (ou des poudres d’icelles). Ces religieuses font preuve non seulement de talent et d’une patience d’ange, mais aussi d’une imagination fertile. Chaque motif peut être rattaché à une vertu ou à un symbole de leur vie dévotionnelle. Lys, roses et muguets forment ainsi des «bouquets spirituels». Tous ces éléments constituent une sorte de «paradis» miniature, un lieu où l’âme peut résider en toute pureté, à l’instar de leur monastère. Ces objets étaient souvent fabriqués avec des pièces en verre filé de Nevers, assemblées selon la fantaisie des moniales. Au fil des siècles, ces boîtes et tableaux deviennent de plus en plus ornés, parfois jusqu’à la surcharge ostentatoire. Fragiles, passés de mode, nombre d’entre eux furent détruits, jetés ou simplement retournés à la poussière. D’autres furent sauvés par des conservateurs de musées, comme ceux visibles au musée d’Art liturgique de Blois, et des collectionneurs. Une trentaine vont ainsi prendre le chemin des enchères, formant un véritable échantillonnage des divers papiers roulés. Bel exemple, celui contenant des reliques des saints Justin, Félix et Victor et de sainte Constance selon les inscriptions manuscrites, enfermées dans des papiers roulés semblables à des bonbons, encadrant un médaillon en papier gaufré gouaché représentant la Sainte Famille (voir photo ci-contre). Un reliquaire composé d’une gouache figurant sainte Catherine d’Alexandrie surmontée de corbeilles de fleurs et de fruits et entourée d’enroulements, renferme sous le médaillon une relique de sainte Perpétue (600 euros env.). En vedette, ce «paradis» en verre filé reproduit page de droite, avec une grotte centrale dans laquelle sont agenouillés deux moines au pied de la Croix et, sur la droite, une autre plus petite où nage un cygne. En son centre, sainte Catherine sur un tertre domine saint Maurice et un saint tenant un crucifix. De petits chefs-d’oeuvre !.

cauchetier

Reliquaire à paperolles, XVIIIe siècle, orné au centre d’un médaillon en papier gaufré gouaché,
entourage de papiers roulés et réserves de reliques.
Dans une boîte cadre en bois doré, 23 x 31 cm.

QUAND ?
vendredi 15 avrill 2016


OÙ ?
Salle 5 - Drouot-Richelieu.
Jean-Marc Delvaux SVV.


COMBIEN ?
Estimation : 300/500 euros.

reliquaires
Estimation : 2 000/3 000 euros
La Gazette Drouot n°14 du vendredi 8 avril 2016- Anne Foster


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