La Gazette Drouot
Un bronze de Auguste Rodin
À Paris / Architecte de la nature

Quand il prend ses quartiers à Gerberoy, Henri Le Sidaner transforme maison et jardins en havre de paix, inépuisable source d'inspiration. Visite guidée.

Gerberoy, l'un des plus beaux villages de France. À une heure de Paris, au centre d'un triangle formé par Beauvais, Rouen et Amiens, la petite commune séduit avec ses ruelles pavées, ses maisons à pans de bois et ses rosiers grimpants. Est-ce cette image de carte postale ou son passé glorieux et millénaire – une collégiale du XVe siècle, des remparts, un hôtel de ville XVIIIe et les ruines d'une ancienne forteresse  – qui devaient séduire Le Sidaner ? C'est sur les conseils d'Auguste Rodin que le peintre vient pour la première fois en Beauvaisis, et sur ceux du céramiste Auguste Delaherche qu'il découvre, le 3 mars 1901, le «doux asile» de Gerberoy, l'endroit rêvé pour qui cherche un jardin à construire pour peindre ses tableaux. Le 19 avril 1904, Le Sidaner fait l'acquisition de l'ancien château féodal, le transforme, dessine pavillons, gloriettes et jardin. En quelques années, les vergers font place à de splendides roseraies, des massifs de glycines, de clématites, d'hortensias et d'œillets dont les teintes font écho à sa palette. Bref, on est bien loin de l'agitation des garnisons anglaises dont se plaignait Beauvais à l'époque de la guerre de Cent Ans, et l'artiste sait recevoir les invités dans son havre propice aux repas et aux discussions animées. Il y a là son ami d'enfance Eugène Chigot, son compagnon de route et mécène Henri Duhem, les peintres Eugène Vail, Henri Martin, Edmond Aman-Jean, Ernest Laurent. Cette joyeuse troupe part «mettre un coup de barbouille» en Normandie, sur la côte d'Opale – né à l'île Maurice, Le Sidaner a dix ans quand sa famille s'installe à Dunkerque –, mais aussi à Florence, Venise, Bruges ou Vézelay… Comme eux, il peint de longues silhouettes féminines et, surtout, des paysages aux harmonies blanches, mauves ou bleues, des maisons silencieuses dont le seuil, le banc ou la table semblent pourtant attendre le visiteur. Qui arrivera à pas feutrés, bien sûr. Si ses œuvres sont teintées d'une légère mélancolie, c'est pour mieux fixer la poésie des jardins paisibles, le calme des intérieurs. Après une période symboliste, notre artiste se tourne vers les impressionnistes, dont il s'inspire dans une vision harmonieuse de la nature. Comme Bonnard et Monet, il aime représenter, parfois à la nuit tombée, les tables à demi servies où quelques objets évoquent une présence humaine. Quant à la maison du peintre, elle semble retenir son souffle sous son manteau blanc. Pourtant, une porte est ouverte et des lumières sont allumées qui invitent le passant à entrer. À peine achevé, notre tableau a rejoint la luxueuse galerie Georges Petit à la Madeleine, où il est exposé avec ceux de la Société nouvelle des peintres et sculpteurs, Georges Desvallières, Lucien Simon, Albert Besnard, Frits Thaulow, Henri Martin, Jacques-Émile Blanche ou John Singer Sargent… Puis, dès février-mars 1902, on le retrouve au Salon de la libre esthétique du Musée moderne, à Bruxelles. Acquis à cette époque par un collectionneur, il est aujourd'hui proposé aux enchères par ses héritiers. Gageons que les amateurs seront nombreux à tenter de lui offrir un nouveau port d'attache !

Henri Le Sidaner (1862-1939),
La Maison de l'artiste sous la neige, Gerberoy,
décembre 1901-janvier 1902, pastel sur toile, 73 x 60 cm..

QUAND ?

Mercredi 15 avril 2015

OÙ ?
Salle 1 - Drouot-Richelieu.
Fraysse & Associés SVV. Cabinet Maréchaux.

COMBIEN ?
Estimation : 50 000/60 000 euros

La Gazette Drouot n°14 du vendredi 10 avril 2015 - Claire Papon


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