La Gazette Drouot
Une madone de de Bernardino Lanino
EN RÉGIONS / Radieuse madone

Un touchant tableau religieux de Bernardino Lanino fêtera Noël avant l’heure dans une prochaine vente lyonnaise. Décryptage

L’école piémontaise unit au maniérisme une veine naturaliste et populaire, se distinguant en cela de ses consoeurs florentine et vénitienne. Durant la première moitié du XVIe siècle, Gaudenzio Ferrari, peintre, sculpteur et architecte, s’en révèle le meilleur interprète, qui participe à Milan au décor de plusieurs églises. Adoucissant son style grâce à un modelé vaporeux, il forme ainsi plusieurs élèves, comme Girolamo Giovenone et, surtout, Bernardino Lanino. Fort des leçons de son maître, ce dernier a peint plusieurs madones caractérisées par une monumentalité modulée par des lignes légères. Disciple, puis associé, il rejoint Gaudenzio Ferrari à Milan, vers 1540, où il réalise un ensemble remarquable de fresques à la chapelle San Giorgio, dans la basilique Saint-Ambroise. Avec la découverte de l’oeuvre de Léonard, Bernardino Lanino se montre plus attentif à la traduction de la lumière, davantage soucieux de l’expression des personnages. Bernardino Lanino trouve son propre style après avoir assimilé ces courants et désormais son oeuvre réunit harmonieusement des qualités opposées – de naturel et d’idéal, de dignité et de simplicité. Travaillant pour des églises et des couvents lombards, il réalise également de petits tableaux de chevalet que lui commandent des particuliers. Notre panneau de dévotion, provenant d’une succession régionale, a été peint dans les années 1540-1545. La composition en pyramide s’anime de formes qui s’enchaînent en souplesse, grâce au jeu savamment maîtrisé des mains et des regards. L’éclairage subtil enveloppant les volumes ne laisse rien perdre des détails traités avec une précision scientifique. Le verset du Cantique des cantiques appliqué à la Vierge témoigne d’emblée des enjeux de l’art à la Renaissance. Il s’agit de concilier la pensée du christianisme, le culte de la beauté et les thèmes scientifiques de l’ère nouvelle, comme la perspective ! Bernardino Lanino représente Marie selon les critères esthétiques du cinquecento. Placée au coeur du tableau, elle apparaît proche des madones léonardesques : son beau visage, à l’ovale délicatement dessiné, s’auréole d’une chevelure ramassée en un chignon. Empreinte d’une expression bienveillante, elle ne retient pas l’Enfant-Jésus et le laisse au contraire jouer avec l’agneau, emblème de la future Passion. De sa main droite, Marie présente un livre, où l’on peut lire le psaume 70 implorant la venue d’un sauveur. Bernardino Lanino invite ainsi à méditer sur un des mystères essentiels de la religion chrétienne. Renforçant le symbolisme, il figure encore, dans le prolongement du livre, une fragile ancolie, dont les pétales terminés en éperons recourbés évoquent les sept douleurs de la Vierge : la prophétie de Simon, la fuite en Égypte, la disparition de Jésus au Temple, la rencontre sur la via dolorosa, la Crucifixion, la déposition de la Croix et la Mise au tombeau. Par-delà le message religieux, on ne peut qu’admirer ce tableau : sans apprêts, il convie à une scène familière dans laquelle une jeune mère nous fait partager un moment d’intimité avec son nouveau-né.

madone

Bernardino Lanino (vers 1512-1583), Madone et l’Enfant, huile sur panneau
de bois rectangulaire, 44 x 37,7 cm, inscription PULCHRA UT LUNA
("belle comme la lune"),tirée du Cantique des Cantiques.

QUAND ?
Dimanche 14 décembre 2014

OÙ ?
Lyon, Bérard - Péron - Schintgen SVV.
M. Pinta, Cabinet Turquin.

COMBIEN ?
Estimation : 50 000/70 000 euros

La Gazette Drouot n° 43 du vendredi 12 décembre 2014 - Chantal Humbert


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