La Gazette Drouot
Unn trépied attribué à Jacob Frères
EN RÉGIONS / Splendeurs impériales

Un somptueux trépied nous entraînera prochainement dans un parcours hautement décoratif, du style Louis XVI «à la grecque» aux fastes de Napoléon Ier...

Concourant à une plus grande intimité, les petites tables se propagent dès la Régence. Elles deviennent de réels objets d’art, répondant aux besoins variés d’une société particulièrement policée. Au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, les ébénistes rivalisent d’ingéniosité dans leur conception. Après les extravagances du rocaille, ils en renouvellent la structure et en repensent la logique interne, grâce à l’actualité. Les ruines d’Herculanum étant mises au jour, on découvre en effet la civilisation gréco-romaine sous l’angle de la vie quotidienne, grâce aux scènes antiques représentées sur les fresques et sur les vases de fouilles. Féru d’arts décoratifs, Jean-Henri Eberts, dessinateur et marchand d’art, achète au peintre Joseph-Marie Vien un tableau qui montre une Prêtresse brûlant de l’encens sur un trépied, dite La Vertueuse Athénienne, œuvre largement diffusée ensuite par la gravure. Vers 1773, Eberts s’en inspire et crée des trépieds antiques prenant le nom d’«athéniennes». Employées d’abord comme brûle-parfum, elles servent vite de jardinières à fleurs ou sont aussi utilisées comme réchauds pour la soupe. Rencontrant un vif succès, elles font le bonheur des intérieurs à la grecque. Apparue donc sous Louis XVI, l’athénienne est toujours chérie sous le Consulat et le Premier Empire, car, plus que tout autre meuble, elle se rapproche de l’esprit antique. Charles Percier et Pierre-François Fontaine, formés au classicisme italien, chantent dans la pierre le prestige de Napoléon Bonaparte, participant aussi aux aménagements des palais princiers. Ces architectes fervents admirateurs de l’Antiquité réussissent un mariage heureux entre les sphinx égyptiens, les symboles guerriers et les allégories dansantes du décor pompéien. Également ornemanistes, ils publient un monumental Recueil de décorations intérieures…, diffusant la grammaire du premier Empire. Les ébénistes et les bronziers qui revisitent alors l’héritage néoclassique y puisent divers modèles, comme ce magnifique trépied proposé en bon état. Il s’embellit aux montants de bustes chapeautés d’un croissant à la Diane. Ces renommées soutiennent gracieusement un plateau en marbre brèche vert, enchâssé dans une lingotière. Présentant à la ceinture trois tiroirs escamotables à secret, notre meuble est attribué à Jacob Frères, dont l’atelier prospère au début du XIXe siècle employait plus de trois cents ouvriers ; lançant le style Empire, il compte parmi les plus grands fournisseurs du garde meuble impérial. Notre trépied se révèle ainsi similaire à un exemplaire livré à cette institution, aujourd’hui conservé au château de Fontainebleau. Travaillant également pour de grands dignitaires, Jacob Frères développe une clientèle prestigieuse, à la fois française et internationale. Notre trépied est encore proche de modèles qui ont appartenu aux collections du marquis de Biron, du baron de Redé. Sans aucun doute, voici une rare tentation pour un amateur épris d’une des plus glorieuses périodes des arts décoratifs.

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Attribué à Jacob Frères. Trépied en placage de loupe de thuya, riche ornementation de bronze ciselé et doré, à décor de feuilles et feuillages, pieds griffes, base en placage, petits pieds patins, époque Empire, h. 88,5, diam. 39,5 cm.

QUAND ?
Samedi 14 novembre 2015


OÙ ?
Lyon. De Baecque SVV. M. Leseuil


ESTIMATION ?
80 000/100 000 €

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(autre vue)
La Gazette Drouot n° 37 du vendredi 30 octobre 2015 - Chantal Humbert


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