La Gazette Drouot
Une toile de Jean-Michel Atlan
EN RÉGION / Couleurs et rythmes

Jean-Michel Atlan avivera la dispersion prochaine de la collection Maurice et Maryse Vendre...
Avec force et formes !

La «nouvelle école de Paris» est encore au début des années 1950 un centre artistique mondial, regroupant des artistes d’horizons divers. Dans un esprit novateur, ils gomment toute velléité de représentation, multiplient les recherches picturales selon une grande variété d’axes : l’abstraction lyrique et le mouvement CoBrA font bon ménage avec le courant Gutaï ou le tachisme, entre autres. Tous proposent avec impétuosité un langage artistique nouveau, renvoyant aux problématiques contemporaines. Parmi eux, Jean-Michel Atlan élabore une oeuvre foncièrement originale. Né à Constantine, en Algérie, dans une famille juive aisée, s’imprégnant de la mystique des traités hébraïques, il s’intéresse également à la culture berbère. Toute sa vie, l’artiste demeurera fidèle à ses racines africaines qu’il exprime dans une chorégraphie de signes, de curieuses silhouettes de totems. Après avoir étudié la philosophie à Paris, Atlan l’enseigne dans plusieurs lycées, tout en pratiquant la peinture. Révoqué en 1940, il s’installe l’année suivante dans un atelier rue de la Grande-Chaumière. Auteur de poèmes, comme Le Sang Profond, il fait toutefois de la peinture une priorité. Encouragé par Gertrude Stein, il réalise des tableaux expressionnistes abstraits proches du groupe CoBrA. Bâtissant un univers imaginaire personnel, merveilleux dessinateur, il s’exerce en 1946 à la lithographie et illustre la Description d’un combat de Kafka. Une dizaine d’années plus tard, une exposition à la galerie Bing lui permet dorénavant de vivre de son art. Elle lui vaut aussi un beau succès international et une monographie pertinente que rédige André Verdet, écrivain, cosmologue et artiste. Ce dernier lui achète plusieurs oeuvres, dont deux toiles qui ont ensuite appartenu à Maurice et Maryse Vendre, un couple d’industriels de Cholet. Bientôt dispersées, elles illustrent l’univers d’Atlan arrivé à pleine maturité. Pétri d’une poésie rythmique sous-jacente, il transcrit l’homme aux prises avec des forces implacables, en lui et hors de lui, le destin et la nature. La composition I. Z. 59, avancée autour de 75 000 €, a été peinte un an avant sa mort. Vide de présence humaine, elle met en scène un espace labyrinthique d’une grande richesse chromatique. Quant à celle-ci, elle éclaire encore la démarche profonde de l’artiste. «Chargée inconsciemment d’un certain pouvoir affectif», elle se fonde sur l’évocation d’une nature primitive qu’animent des «formes érotiques, magiques ou mystiques», selon son propre aveu. Ces dernières prennent l’allure d’étranges entités totémiques, un brin lascives, qui éclatent de résonances musicales. Des contours noirs épais, semblables à de «grosses traînées sorties du tube», enferment des taches variées de couleurs vives, le plus souvent travaillées en voluptueuses arabesques dynamiques. Elles jouent des violents contrastes qu’équilibre une fougue savamment maîtrisée. Aux rassurantes épures géométriques du cubisme ou du constructivisme, garants d’ordre et de permanence, Jean-Michel Atlan oppose l’allégresse d’une révolution permanente de formes pleinement vivantes.

atlan

Jean-Michel Atlan (1913-1960),
Composition, huile sur toile, 100 x 65 cm.

QUAND ?
Mercredi 14 octobre 2015

OÙ ?
Angers. Xavier de La Perraudière SVV.
Cabinet Maréchaux

ESTIMATION ?
50 000/60 000 €

La Gazette Drouot n° 33 du vendred 2 octobre 2015 - Chantal Humbert


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