La Gazette Drouot
Coup de coeur - Une voiture électrique Peugeot
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La petite VLV électrique
Il ne s’agit pas de la dernière citadine de Peugeot, mais bien d’une voiture de la Seconde Guerre mondiale. Un modèle à découvrir lors de la vente "Peugeot sort de ses réserves".

Adjugé 22 500 euros au marteau.
Peugeot VLV véhicule léger de ville 1941, n° de série 955 020, moteur électrique Safi placé à l’arrière,
quatre batteries de 12 volts, 82 ampères, tension 48 volts, coque autoporteuse.
Sochaux, dimanche 14 juin 2009.
Artcurial - Briest - Poulain - F. Tajan SVV. M. Souvrain.

Voilà qui devrait ravir les amoureux de l’histoire automobile. Le 14 juin prochain, sur les lieux même de l’aventure Peugeot à Sochaux, seront dispersées quelques-unes des voitures du célèbre musée en charge, depuis 1988, de présenter le patrimoine et le savoir-faire d’un constructeur qui sort ses griffes ! Mais que les aficionados se rassurent : les modèles proposés à la vente, des multiples, ne feront pas défaut au musée. L’évènement, intitulé "Peugeot sort de ses réserves", permettra même d’enrichir les collections de la vénérable institution. L’occasion de s’offrir des véhicules mythiques, telles la 127 Torpedo de 1910 ou la 905-1991, victorieuse à Suzuka en avril 1991, tout comme des curiosités, la papamobile de 1980 ou notre charmant "véhicule léger de ville", imaginé par les ingénieurs Peugeot durant la Seconde Guerre mondiale.
Nous sommes sous l’Occupation, le rationnement de l’essence bat son plein. Le constructeur s’intéresse alors aux énergies alternatives. L’idée ne date en effet pas d’hier, comme le relate Luc Debraine dans un ouvrage passionnant paru aux éditions Favre, Les Voitures électriques, un futur pour l’automobile, qui retrace cent-cinquante ans d’histoire. Car sachez-le, les voitures électriques sont plus anciennes que les autos à essence, ayant démarré au milieu du XIXe siècle. Un certain Andrew Davidson parcourt alors la ville d’Édimbourg au volant d’un véhicule électrique muni de deux essieux actionnés par quatre électroaimants. Quelques décennies plus tard, en juin 1895, lors du premier Paris-Bordeaux-Paris, figure sur la ligne de départ – mais pas d’arrivée – une voiture électrique conduite par Charles Jeantaud, aux cotés de douze autos à pétrole, six à vapeur et deux cycles à pétrole, ce qui résume assez bien le parc automobile de l’époque. Malgré quelques faux départs, la voiture électrique promet alors de beaux jours. On lui doit même le premier record de vitesse, en 1899. C’est la fameuse «Jamais Contente» du Belge Camille Jenatzy, qui franchit la barre des 100 km/h. Le nom de cette voiture en forme de torpille est un clin d’oeil à l’épouse du génial inventeur ! Avec ses 105,882 km/h, celui-ci pulvérise le record du comte Gaston de Chasseloup-Laubat, une véritable performance. À cette époque, et durant les premières heures du XXe siècle, la voiture électrique supplante tous les autres modes de propulsion ; elle équipe par exemple la flotte des taxis des grandes villes, comme New York. Mais l’aventure connaît un frein avec l’arrivée de la Ford T, un modèle à succès, l’abondance et le faible coût du pétrole. Ce sera désormais la domination du moteur à essence. La voiture électrique, pour sa part, ne ressortira des cartons qu’à l’aube de chaque nouvelle crise, lors, par exemple, de la Seconde Guerre mondiale. Peugeot, seul grand constructeur à s’intéresser à ce mode de propulsion, présente son VLV électrique en 1941. Cette petite voiture de ville a plus d’un atout sous le capot. Une autonomie maximale pour un coût minimal par kilomètre : «rayon d’action : 75 kilomètres, dépense pour la charge des batteries : 5 francs. Soit le kilomètre à 6 centimes 6», note l’Argus de mai 1942. Ce coupé décapotable deux places, réservé aux petits conducteurs – les bons gabarits doivent impérativement rouler capote ouverte – atteint une pointe à 36 km/h ! Réservée donc à un usage urbain, cette voiture sera utilisée en priorité par les postiers et les médecins. Produite à 377 exemplaires de 1941 à 1945 – on en connaît aujourd’hui une demi-douzaine –, elle fut construite non pas à Sochaux, occupé par les Allemands, mais en région parisienne. Petite, légère, maniable, économique et propre... Une parfaite citadine, en somme. Très tendance en ces temps de crise et de verte attitude !
Stéphanie Perris-Delmas
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp