La Gazette Drouot
Page des Lauriers de César par René Goscinny
Janco + Tzara = dada !

Loin de leur Roumanie natale, les deux amis lancèrent à Zurich la formidable aventure dada. De rares éditions datant de l’année fondatrice réapparaissent…

Simon Rosenstock s’éveilla au symbolisme français à l’institut privé Saint- Sava, à Bucarest, découverte partagée avec son condisciple du lycée Mihai- Viteazul, Marcel Janco. Les deux amis, avec le futur Ion Vinea, créent en 1912 leur première revue, Simbolul, aux textes influencés par les poésies de Maeterlinck, Laforgue et Verhaeren, mais aussi de Baudelaire, qui a peut-être soufflé le surnom dont le jeune Simon aime se parer, « ange noir du symbolisme ». Marcel part en 1914 à Zurich étudier les mathématiques et la chimie, change d’orientation dès l’année d’après, s’inscrivant à l’école d’architecture, où il rencontre Hans Arp. Il persuade son ami Simon de venir le rejoindre. Celui-ci adopte alors le pseudonyme Tristan Tzara, au prénom emprunté au héros de l’opéra de Wagner, le nom signifiant « terre » ou « pays » en roumain. Un petit groupe se forme autour du trio, Richard Huelsenbeck, Hugo Ball et son épouse, Emmy Hennings. Tous se retrouvent dans une taverne, qu’ils surnomment le « cabaret Voltaire » et où ils lancent leur fameuse invitation pour la première soirée littéraire, le 5 février 1916. Le public n’en revient pas. Ces jeunes gens viennent d’inventer l’une des plus remarquables aventures littéraire, artistique et contestatrice du XXe siècle. En pleine guerre, ils perçoivent l’inhumanité de la société, contestent son organisation, mais aussi et surtout son langage, celui de l’ordre établi. « Janco a évoqué et fixé Le Cabaret sur la toile de l’un de ses tableaux. Dans un local bariolé et surpeuplé se tiennent sur une estrade quelques personnages fantastiques qui sont censés représenter Tzara, Janco, Ball, Huelsenbeck, Hennings et votre serviteur. Nous sommes en train de mener un grand sabbat », devait se souvenir Arp. Une galerie Dada est ouverte, où Tzara fait des conférences sur l’art abstrait, et la revue est lancée. Elle connaîtra quatre livraisons – et une réputation très rapidement internationale. Tzara édite les premiers textes « dada » en 1916, dont deux sont ici proposés. Tout d’abord un exemplaire de l’édition originale, limitée à 20, de l’album portfolio 8 gravures sur bois par M. Janco, comprenant « Circuit total par la lune et par la couleur », poème sur papier vergé et 8 gravures sur bois sur japon. La Première Aventure céleste de Mr Antipyrine, illustrations de Marcel Janco, est quant à elle considérée comme le premier manifeste du subversif mouvement. La gravure de la page 8, reprise de celle parue dans le portfolio (voir photos), est placée face à un texte essentiel pour l’affirmation du mouvement. « Dada est l’art sans pantouffles (sic) ni parallèle ; qui est contre et pour l’unité et décidément contre le futur ». Un exemplaire sur papier fort unique, composé de sept linogravures en noir, dont six hors texte rehaussées à l’aquarelle par l’artiste. En 1918, Janco fonde avec Arp le groupe Das Neue Leben, retourne en Roumanie en 1922 et participera à la revue Contimporanul éditée par Ion Vinea : on retrouvera dans ses pages des gravures exécutées pour le portfolio.

obelix

Tristan Tzara (1896-1963), Marcel Janco.
La Première Aventure céleste de Mr Antipyrine, Zurich, collection Dada, 1916 ;
grand in-8o en feuilles sous chemise de tissu imprimé.

QUAND ?
Mercredi 14 mai 2014

OÙ ?
Salle 9 – Drouot-Richelieu.
Binoche et Giquello SVV. M. Oterelo.

COMBIEN ?
Ci-dessus Estimation : 180 000/200 000 €.
Page de droite Estimation : 150 000/180 000 €.

obelix

Marcel Janco (1895-1984). 8 Gravures sur bois par M. Janco et un poème par Tr. Tzara ; album portfolio, Zurich, collection Dada, novembre 1916.

 

La Gazette Drouot n° 18 - Vendredi 9 mai 2014 - Anne Foster


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