Coup de coeur - Une toile de Lebourg
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| Quand Lebourg brisait la glace |
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C’est le peintre de la Seine, des bords de rivière, des paysages lacustres, sous le soleil d’été ou dans la glace des hivers. Rencontre au fil de l’eau...
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Adjugé 22 200 € frais compris.
Albert Lebourg (1849-1928),
Promeneurs sur la Seine un jour de grand gel,
huile sur toile, 40,5 x 60 cm.
Paris, lundi 14 mai, salle 1.
Oger & Semont SVV. Cabinet Ottavi - Pacitti.
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On sait combien Monet s’était fait une spécialité de peindre dans des conditions extrêmes. Il en fallait beaucoup pour le décourager... Lors de l’hiver 1879-1880, le plus froid du siècle, rien n’arrêtait son désir de peindre la Seine recouverte de glaçons. Bravant les froids polaires, il a fixé à jamais sur la toile le fleuve gelé à Vétheuil. Cette même année à Paris, la température descend à - 25°. Trente centimètres de glace recouvrent le fleuve. Plus rien ne bouge, on peut traverser la Seine à pied et patiner dessus. Pour la première fois, on met en place le salage dans les rues de la capitale, le ministère des Finances abolit tout droit de sel, jusque-là lourdement taxé. Le 2 janvier 1880, c’est la débâcle, le lendemain, le pont des Invalides s’écroule. Jamais les Parisiens n’ont assisté à pareil spectacle... Il faut ici imaginer Albert Lebourg, le pinceau ou le crayon à la main, cherchant à fixer la lumière si particulière. Tout semble alors immobile, un peu comme si le ciel et la terre s’étaient entendu pour emprisonner l’activité humaine. Du moins, la figer. "Je suis impressionniste en ce sens que je suis impressionné par le moment présent", aimait dire Albert Lebourg. Pas de doute là-dessus quand on voit cette vue de Paris, au ciel pâle et bas d’hiver laissant à peine filtrer la lumière du jour, ces bateaux arrêtés par la glace, ces silhouettes raidies par le froid,
ces bâtiments gris et tristes, ces rues désertes... Albert Lebourg n’en est pas à son coup d’essai.
Ce Normand originaire de Montfort-sur-Risle, près d’Honfleur, est venu à Paris à l’occasion de l’Exposition universelle de 1867. Remarqué par un collectionneur à son retour à Rouen, pour ses oeuvres dans le style de Dupré et d’Isabey, il est nommé professeur à la Société des beaux-arts d’Alger ; il y restera de 1872 à 1876. Autre lieu, autre style : au contact de la lumière d’Afrique du Nord, sa palette s’éclaircit, les couleurs éclatent, sa touche s’élargit, les tons se juxtaposent. Lebourg est lui aussi contaminé par l’impressionnisme. Comme ses confrères Monet et Sisley, il travaille par séries, «ayant un besoin impérieux de refaire les mêmes motifs avec des effets différents». Le plein air, encore et toujours. Aux deux expositions impressionnistes auxquelles il participe, en 1879 et 1880, il envoie plusieurs dizaines de panoramas d’Algérie, de Normandie, de Paris ou de Marseille, baignés de la lumière du matin ou du soir. Puis ce sera l’Auvergne, de nouveau Paris et sa banlieue, d’Argenteuil à Meudon. Il poursuit les bords de Seine jusqu’à la Normandie, puis visite la Hollande, l’Angleterre, la Suisse, mais aussi La Rochelle, car il y retrouve «l’atmosphère inouïe de Corot». Quel que soit le lieu, la neige et l’hiver ont ses faveurs. Et toujours l’eau, celle des étangs, des rivières, des lacs, des canaux, des ports, baignée de la lumière de l’aube ou du crépuscule, inondée de soleil ou couverte de brume. Autant de sites dont il est certain "qu’ils ne seront jamais plus beaux que je les ai vus". Impressionné, Albert Lebourg ? |
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| Claire Papon |
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