La Gazette Drouot
Coup de coeur - Un papier peint du XVIIIe siècle
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Classicisme en papier peint
Un ensemble complet de papiers peints du XVIIIe siècle dûs à l’une des plus grandes manufactures parisiennes crée l’évènement à Dijon. Attention, objet rare !
Adjugé : 31 000 €.
Daphné poursuivie par Apollon et changée en laurier,
inspirée des Métamorphoses d’Ovide,
d’un ensemble de papiers peints de la manufacture Arthur & Grenard,
vers 1785, provenant de l’hôtel Barou du Soleil à Annonay.

Dijon, samedi 14 avril 2007.
Vrégille - Bizoüard ventes aux enchères SVV.
MM. Bacot, de Lencquesaing.
L’arrivée sur le marché d’un ensemble de papiers peints du XVIIIe siècle devrait bousculer les habitudes d’une spécialité désormais bien rangée. Celle-ci, depuis les fameuses dispersions Follot des années 1980, fait en effet des apparitions régulières – et aussi quelques gros titres au chapitre résultats. Toutefois, les productions datent généralement du XIXe siècle, d’où l’attrait de notre tenture, livrée complète et, qui plus est, avec son plan de montage. Elle date de plus des années 1785-1790, période où cette mode venue d’outre-Manche connaît un réel succès en France. Pour répondre à la demande et concurrencer les importations anglaises, les manufactures françaises se lancent donc dans la production de ce nouveau décor. Lyon, mais surtout Paris et son faubourg Saint-Antoine, abritent, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, petites et grandes entreprises de papiers tontisses. À la Folie Titon, Réveillon compte parmi les plus actives, les plus célèbres aussi. Sa grande rivale d’alors, la manufacture Arthur & Grenard – Arthur & Robert à partir de 1789 – demeure quant à elle assez confidentielle aux yeux du grand public. Elle fut fondée par l’Anglais Jean Arthur, horloger et marchand de papier de son état, associé au Parisien René Grenard. Installée en 1779 à l’angle de la rue Louis-le-Grand et du boulevard de la Chaussée d’Antin, elle emploie plus de deux cents ouvriers et fait appel à des artistes de renom, tel le peintre de fleurs de la manufacture des Gobelins, Malaine. En 1788, notre manufacture reçoit à son tour le privilège royal. La maison s’était déjà fait une spécialité des tableaux en grisaille, inspirés de l’antiquité et des grands maîtres. Dans ce genre, on lui attribue deux panneaux du musée des Arts décoratifs de Paris et un ensemble, tout à fait exceptionnel, conservé aujourd’hui au château de Valagin, à Neuchâtel, et provenant de la Bise-Noire à La Cibourg, également en Suisse. Cette demeure possédait au premier étage une pièce décorée de papiers peints inspirés des Métamorphoses d’Ovide : de grandes arcades, séparées par des pilastres à chapiteaux ioniques, présentant des panneaux historiés rythmés par deux cartouches ornés de lyres sur fond rose, le tout joliment habillé de guirlandes de fleurs... Bref, une décoration en tous points semblable à celle de notre modèle, dont les panneaux sont eux aussi inspirés des Métamorphoses. De plus, un magnifique drapé à l’antique magnifie ce décor néoclassique. L’ensemble, dix-neufs panneaux dont des dessus-de-porte d’après des paysages de Vernet, provient de l’hôtel Barou du Soleil, à Annonay en Ardèche, d’où ils furent déposés en 1926 par la société À l’arc-en-ciel. Il est ainsi présenté en 1933, accompagné de la mention «collection Jean Frachon», lors de l’exposition du musée Galliera, puis en 1946, chez Carlhian. On sait que les Barou du Soleil – dont un certain Pierre Antoine, membre de l’académie de Lyon, procureur à la cour des monnaies, fut exécuté lors de la Révolution –, était une riche famille de propriétaires terriens, à Annonay. Seule une telle clientèle, fortunée et cultivée, pouvait alors s’offrir un décor à la dernière mode parisienne.
Stéphanie Perris-Delmas
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp