La Gazette Drouot
Un général, dynastie Ming
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Un général au panthéon Ming
Pour mener les troupes des vacations d’art asiatique de la semaine,
rien de mieux que Guanyu, général décédé en 219, puis divinisé.
Adjugé 4 000 € euros.
Chine, dynastie Ming, XVIIe siècle. Guanyu, calcaire brun, h. 48 cm.
Lundi 13 décembre 2010,
salle 2 - Drouot-Richelieu, à 15 h.

Enchères Rive Gauche SVV. M. Barrère.
Les temps sont fort troublés dans la Chine des dernières années de la dynastie Han : les seigneurs de guerre fondent des royaumes éphémères, tissent des alliances aussi vite rompues. Cette période - celle des Trois Royaumes (Wei, Wu et Shu) - inaugure environ quatre siècles de divisions, jusqu’à l’établissement de la dynastie Sui, en 581... Un guerrier intrépide, Guanyu, peut-être l’un des cinq “généraux tigres”, était alors vénéré pour sa fidélité au seigneur Liu Bei, fondateur du royaume de Shu. Peu de choses sont connues de sa jeunesse, seule l’Histoire des Trois Royaumes apportant quelques renseignements. Il est donc né dans le Hedong, aujourd’hui Shanxi, serait issu d’une famille de lettrés et aurait étudié les grands classiques que sont le Livre des transformations (Yi jing) et les Annales des Printemps et des Automnes, chronique de l’État de Lu attribuée à Confucius. Guanyu, après le meurtre d’un potentat local du nom de Lu Xiong, se serait enfui jusqu’à la préfecture de Zhuo (aujourd’hui Zhuozhou), où il rencontre le seigneur Liu Bei, qui le recrute aux côtés de Zhang Fei pour combattre la révolte des Turbans jaunes. Les trois hommes sont liés comme des frères. En 199, Liu Bei attaque la province de Xu, Guanyu établit sa garnison à Xiapi et, selon le Livre des Wei, devient administrateur de cette province.
L’alliance entre Liu Bei et Cao Cao est rompue l’année d’après. Ce dernier espère garder Guanyu à son service, qui répond en ces termes à l’émissaire : “Je suis parfaitement conscient que le seigneur Cao m’a montré beaucoup de respect et de générosité, mais le seigneur Liu m’a également bien traité et j’ai juré de mourir pour lui”. De défaites en victoires, il le sert en effet fidèlement, mais les périls sont nombreux où peuvent le mettre des alliances changeantes. En 219, Liu Bei est proclamé prince de Hanzhong et le nomme “général de l’avant-garde”. Guanyu mène le siège de Fancheng, mais nombre de ses hommes désertent. Il est obligé de battre en retraite jusqu’à Maicheng, où il est encerclé, capturé et mis à mort... Sa renommée va prendre de plus en plus d’ampleur.
Son ascension comme “empereur divin” débute peu après sa mort, avec le titre de “marquis de Zhuangmou” ; sous les Song, Guanyu devient “duc de Zhonghui”, puis prince, titre confirmé par les empereurs Yuan. En 1614, Wanli lui octroie le titre d’empereur et il rentre dans le panthéon officiel, statut garanti sous la dynastie Qing.
Il est vénéré dans les trois religions chinoises, le culte taoïste, accordant au “saint empereur Guan” le don de soumettre des démons, a dédié beaucoup de temples à cette divinité. Les bouddhistes l’honorent comme le bodhisattva protecteur du dharma, et pour le confucianisme, il est le pendant – symbole de la force – de Confucius, qui personnifie la sagesse et la culture.
Guanyu est bien sûr l’un des héros du Roman des Trois Royaumes, célèbre épopée de la littérature chinoise.
Anne Foster
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