Coup de coeur - Un portrait de Benjamin Franklin par Duplessis
 |
 |
| Retour au sommaire |
 |
| Homme politique, savant, écrivain, ambassadeur, imprimeur... |
|
Quelle image retenir de Benjamin Franklin ? Peut-être celle donnée par ce portrait.
Avec humilité.
|
 |
|
|
 |
Adjugé 320 000 euros
(378 484 € avec frais).
Joseph-Siffred Duplessis (1725-1802),
Portrait de Benjamin Franklin (1706-1790), toile, 73 x 59 cm.
Mercredi 13 décembre 2006. Salle 5-6.
Piasa SVV. Cabinet Turquin-Mauduit-Étienne.
|
|
 |
Il préférait qu’on retienne de lui qu’il a eu une vie utile, plutôt qu’il soit mort riche. Que Benjamin Franklin se rassure, la postérité a retenu la première proposition. Le portrait proposé en vente vient en outre conforter cette opinion. Par la simplicité de la mise du modèle, il témoigne de l’humilité de celui qui fut l’un des artisans de l’indépendance américaine. Elisabeth Vigée-Lebrun a ainsi exprimé l’étonnement de ses contemporains devant l’élégante austérité de son habit de soie grise : "Détaillant ce visage plein de noblesse, j’aurais pu le prendre pour celui de quelque fermier prospère (...) il était tellement différent des autres diplomates, poudrés et parés d’or et de rubans." La belle artiste voyageuse n’est cependant pas l’auteur de ce tableau ; il a été réalisé par Joseph-Siffred Duplessis, portraitiste chevronné, peintre du roi reçu à l’Académie en 1774. Duplessis a d’ailleurs exécuté deux portraits de Benjamin Franklin. Le premier, au pastel, date de 1778. Suite à la défaite anglaise de Saratoga, Franklin signe cette année-là, à Versailles, le traité d’alliance entre la toute jeune république américaine et la France. Deux ans plus tôt, en octobre 1776, Franklin avait accepté de faire partie de l’équipe des envoyés américains auprès de Louis XVI. Rapidement, il se rend compte que la situation des rebelles américains est des plus fragiles. Il multiplie alors les contacts, arrive à court-circuiter la diplomatie anglaise et développe les relations avec les grands hommes politiques français.
Parallèlement, il est porté aux nues, incarnant pour la communauté scientifique et littéraire parisienne les valeurs humanistes des Lumières. Le vêtement simple, mais réalisé dans une soie précieuse, illustre son désir d’incarner, pour lui-même et ses compatriotes, une image industrieuse et vertueuse, allant de pair avec une volonté d’égalité sociale et politique. Le traité de 1778 signe sa première victoire diplomatique. Celle de 1783 sera encore plus déterminante. Après la victorieuse bataille de Yorktown, Benjamin Franklin entreprend les négociations de paix avec les représentants du pouvoir britannique. Durant l’été 1782, il rédige les grandes lignes du fameux traité qui, signé l’année suivante à Versailles, garantit l’indépendance aux États-Unis. Il rentre dans son pays en 1785, couvert de gloire. Notre portrait a été peint deux ans plus tôt. Duplessis répète alors le pastel de 1778. Il s’agit de la seule réplique autographe connue. Le pastel, actuellement conservé à la Smithsonian Institution de Washington, a en effet été abondamment copié, allant jusqu’à connaître une diffusion planétaire, sous la forme d’un billet de banque, celui de cent dollars. Le portrait de Duplessis en est le motif principal. Voilà qui augure d’un résultat sonnant et trébuchant pour notre tableau, n’en déplaise à Benjamin Franklin, certes mort fortuné, mais auréolé du prestige de demeurer, trois siècles plus tard, l’une des grandes figures de sa nation. |
 |
| Sylvain Alliod |
|
|
|
 |
 |
|
|