La Gazette Drouot
Coup de coeur - Une photo des Who de Tony Frank
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Décoiffant, non ?
Au début des sixties, la scène musicale est en ébullition, entraînant un profond changement dans la jeunesse. Parmi les témoins, le photographe Tony Frank...
Adjugé 2 198 eruos frais compris.
Tony Frank, The Who, banlieue de Londres, 1966. Tirage C-print couleur, n°1/15, 50 x 60 cm.
Paris, lundi 13 octobre 2008, salle 6 - Drouot-Richelieu.
Camard & Associés SVV.

À deux pas de la salle des ventes aux enchères parisienne, un lieu a réuni des passionnés de la nouvelle musique américaine. Vous aurez reconnu le Golf-Drouot, où Johnny, Eddy et d’autres jeunes inconnus d’alors venaient découvrir les disques du «King» Elvis, de Chuck Berry, de Buddy Holly, et danser sur la musique rock et rythm’n’blues.
Puis à partir de 1962, le vendredi soir, des chanteurs et autres groupes sont invités à se produire sur scène. Parmi les habitués, Tony Frank apporte son appareil photo. Il ne tardera pas à se faire un nom. La consécration arrive en 1964-1965, lorsqu’il rejoint l’équipe de Salut les copains, l’incontournable magazine de toute une génération accro à la musique, surtout pop, vite célèbre pour ses reportages détaillés et ses photographies des artistes. Bientôt, quelques groupes anglais débarquent sur les ondes et donnent des concerts... décoiffants d’énergie et de décibels.
De ces bienheureuses années 1964-1966, émergent The Beatles, The Rolling Stones et The Who. Une révolution dans le rock et le rythm’n’blues, le "maximum r’n’b", selon Pete Townsend. Ce dernier, avec son ami d’enfance John Entwhistle, Roger Daltrey puis, en 1964, Keith Moon, fonde The Who. Pete et John avaient auparavant formé un groupe de jazz, The Confederates, le premier jouant du banjo, le second du cor français... Après des participations dans divers groupes, ils rejoignent Roger, guitariste solo des Detours. Le quatuor au complet s’apparente aux "mods", jeunes urbains prolétaires, amateurs de fêtes, de musique et de danse, mais attachés à leur look vestimentaire : costumes souvent sur mesure, pantalons cigarette, chaussures italiennes ou américaines.
Un de leurs signes distinctifs est la cocarde de la R.A.F., ici visible sur le pull de Keith Moon.
Unis par une même passion pour la musique, chaque membre des Who cherche néanmoins à imposer un style. Pete jaillit sur scène en bondissant, joue en moulinant des bras et casse sa guitare – une première fois par accident, puis comme marque de fabrique devant le succès rencontré. Keith cogne telle une idole hindoue à bras multiples, et, oh ! miracle, toujours dans le tempo. John, le bassiste virtuose, en opposition, ne bouge pratiquement pas, mais impose son instrument dans cette orgie de sons et de mouvements. Enfin, Roger, le chanteur à la voix puissante, lance son micro en l’air en le faisant tournoyer. Le premier hit des Who arrive en 1965 – la même année que Satisfaction des Rolling Stones, rude concurrence. I can’t explain et My generation les propulsent comme porte-parole et incarnations scéniques de la jeunesse révoltée, et plus que leurs albums, leurs prestations live atteignent un paroxysme d’énergie et d’osmose avec leur public et attirent toujours des générations de fans. Ancêtre des punks, pionnier du hard rock, un des premiers créateurs d’opéra rock avec A Quick One (1966), The Who est aussi un précurseur de l’usage du synthétiseur. En 1978, Moon meurt d’overdose, en 2002, Entwhistle disparaît. The Who avec Townsend et Daltrey et quelques invités, comme Kenny Jones et Zak Starkey, fils de Ringo Starr, continuent à entretenir la légende.
Anne Foster
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp