La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Une médaille de Rodolphe II
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Profil de médaille
Vedette d’une vente de numismatique, cette médaille en fonte d’époque, signée,
est ornée du profil de Rodolphe II. Rencontre avec un empereur aux multiples visages.

Adjugé 12 500 euros (14 893 avec frais).
Prague. Antonio Abondio (1538-1591).
Médaille en argent à l’effigie de l’empereur Rodolphe II (1576-1612),
vers 1580, 4,6 cm.
Vendredi 13 octobre 2006, salle 2, 13 h 30.
Beaussant - Lefèvre SVV. M. Parsy.

On connaît mieux le père, Maximilien II, et le grand-père, Charles Quint. Voici, dans la famille Habsbourg, Rodolphe II (1552-1612), empereur en 1576 du Saint Empire romain germanique, roi de Bohème et de Hongrie. Si les choses commencent sous de bons auspices, elles vont progressivement se gâter. En 1604, une révolte, provoquée par la tentative de Rodolphe d’imposer le catholicisme romain en Hongrie, aboutit à la perte d’un certain nombre de prérogatives du souverain, au profit de son frère Matthias. Quatre ans plus tard, ce dernier l’oblige à céder la Hongrie, l’Autriche et la Moravie. En 1611 enfin, c’est la Bohème qui passe aux mains du cadet. Fervent catholique, Rodolphe est, aux dires de certains, un mauvais politique, un piètre combattant, un souverain introverti et mélancolique, dont la fin de règne se solde par une abdication. Incarne-t-il les débuts de la décadence de la dynastie des Habsbourg ? Pas si sûr... Toute médaille a un revers, c’est bien connu !
L’autre face est en effet bien différente, qui montre un monarque épris d’ésotérisme – Prague, dont il fait sa capitale en 1583, fourmille d’alchimistes et d’astrologues – et, surtout, un grand protecteur des arts et des sciences. À sa cour vivent deux grands astronomes, Tycho Brahe le Danois (1546-1601) et son élève l’Allemand Johannes Kepler (1571-1630), célèbre pour avoir confirmé, après Copernic, que la terre tournait bien autour du soleil, mais surtout pour avoir découvert que les planètes n’évoluaient pas en un cercle parfait autour de l’astre jaune, mais en ellipse. Mécène et collectionneur, Rodolphe II fait de Prague un foyer artistique, comparable à celui de Fontainebleau, et la ville la plus cosmopolite d’Europe. Le souverain choisit avec soin ses artistes, dialogue avec eux, les chargent d’acquérir pour lui de nouvelles oeuvres – et va jusqu’à en anoblir trois. Ainsi, son château sert d’écrin aux oeuvres des meilleurs artistes d’Italie, des Pays-Bas et d’Allemagne du Sud. On peut y voir des tableaux du Titien, de Véronèse, du Corrège, du Parmesan ou d’Arcimboldo, mais aussi de Dürer, de l’Anversois Bartholomeus Spranger, de l’Allemand Hans Von Aachen, du Suisse Joseph Heintz... Des objets précieux en pierre dure – le lapidaire milanais Ottavio Miseroni installe là son atelier –, voisinent avec des marqueteries de pierres semi-précieuses de Giovanni Castrucci, des bas-reliefs en ivoire de Nikolaus Pfaff, des miniatures de Georg Hoefnagel, des bronzes d’Adriaen de Vries, des gravures et des pièces d’orfèvrerie de Paulus Van Vianen.
Antonio Abondio (1538-1591) fait partie de ces artistes qui vécurent à Vienne, à la cour de Maximilien II, puis à celle de Rodophe, à Prague. Sculpteur et médailleur originaire de Milan, il est le plus célèbre en la matière et a laissé nombre de représentations du monarque et des nobles de sa cour, avant que son fils, Alessandro, ne prenne la relève. Et oui, on doit à Rodolphe la conversion de nombreux artistes à la vie de Bohême.
Claire Papon