La Gazette Drouot
L'arbre de Albert Gleizes
EN RÉGIONS / L’arbre aux prodiges

En quête d’un langage pictural universel, Albert Gleizes a fait de ce motif un manifeste du cubisme.
Grimpons sans attendre vers les cimes...

L’arbre, image de la vie en mouvement perpétuel, met en commun les trois niveaux de l’univers : le souterrain par ses racines, la surface de la terre par son tronc et ses premières pousses, puis les hauteurs par ses branches supérieures caressant la lumière du ciel. Roi de l’empire végétal, il traduit le caractère cyclique de l’évolution cosmique par la mort et la renaissance de ses feuilles. Réunissant les quatre éléments, l’arbre renferme à lui seul de riches thèmes symboliques. Aussi se révèle-t-il pour les artistes une fabuleuse source d’inspiration et de réflexion. Charles Baudelaire suggère que l’homme lui prête ses passions, ses désirs et sa mélancolie... Au début du XXe siècle, les peintres retiennent ses formes les plus simples, qui les conduisent à des compositions de plus en plus épurées. Faisant de l’arbre un leitmotiv pictural, Piet Mondrian n’en garde que des lignes verticales ou courbes – et son oeuvre s’engage vers l’abstraction. Albert Gleizes, de son côté, abandonne la technique impressionniste qu’il avait employée dans ses tableaux montrant des bords de Seine. Après avoir contribué à la création de l’association Ernest Renan, le jeune homme fonde à Créteil, en automne 1906 avec son confrère Berthold Mahn, le groupe de l’Abbaye. Inspiré de l’utopie chère à Rabelais, celui-ci rassemble des artistes et des hommes de lettres ; proche de l’unanimisme de Jules Romain, il débat sur les thèmes de la modernité dans le sillage aussi du renouveau des guildes anglaises. Albert Gleizes, grand admirateur de Paul Cézanne, se plaît à travailler au contact de la nature. Par la pratique du dessin, il entreprend une démarche plus synthétique, favorisant le plan et les volumes. Cette toile, provenant d’une succession régionale et répertoriée dans le catalogue d’Anne Varichon, a été exposée à plusieurs reprises, notamment en 1964 au Guggenheim Museum de New York, puis l’année suivante au Musée national d’art moderne, à Paris. Inédite sur le marché, elle a été peinte en 1910, l’année où Albert Gleizes rencontre, au Bateau-Lavoir, Pablo Picasso et Georges Braque. Sous leur influence et celle de d’Henri Le Fauconnier, le peintre décompose les formes en facettes géométriques. En parallèle, il réduit sa palette, l’assourdit de verts et de bruns, pour n’accorder à la couleur qu’une importance secondaire. Au premier plan, il place l’arbre, expression idéale de ses recherches : il domine la composition qui déploie un panorama grandiose. Bien structurée, cette dernière comprend un village, des vallées et au loin des montagnes transcrites avec un dynamisme enlevé, en multipliant les verticales, les obliques et les horizontales. Pareillement à l’immense Dépiquage des moissons conservé au Guggenheim Museum, ces lignes affirment la prédominance de l’architecture, compartimentant tout en reliant les divers plans, dont certains, travaillés en rythmes circulaires, se rapprochent des disques de Robert Delaunay. Deux ans plus tard, Albert Gleyzes terminera avec Jean Metzinger Du Cubisme, le premier ouvrage sur l’histoire esthétique d’une peinture autre. Et ce tableau en apparaît comme une parfaite illustration...

gleizes

Albert Gleizes (1881-1953),
L’Arbre, 1910, huile sur toile signée en bas à droite et datée, 92 x 73 cm.


QUAND ?
Samedi 13 juin 2015

OÙ ?
Lyon, Hôtel Lyon Métropole.
Anaf, Jalenques, Martinon, Vassy SVV,
en partenariat avec la SAS Delfour. Cabinet Maréchaux.

COMBIEN ?
Estimation : 160 000/180 000 euros

La Gazette Drouot n° 22 du vendredi 5 juin 2015 - Chantal Humbert


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