La Gazette Drouot
Une robe impériale
À PARIS / Toutes griffes dehors

Plus qu’aucune autre en Chine, la dynastie Qing a fait usage du dragon dans ses fantastiques costumes de cour.
Rendez-vous vendredi 13 pour l’un d’eux. Le bonheur…

Selon une expression ancienne, “un pouce de textile en kesi équivaut à un pouce d’or massif”. Nous voilà renseignés, notamment sur la difficulté de cette technique qui consiste à tisser les fils de soie verticaux en n’intervenant que sur les horizontaux. Quand les Qing, héritiers des Mandchous, s’emparent du pouvoir en Chine, en 1644, ils ont tôt fait de relancer une production textile largement déclinante, voire suspendue depuis une quinzaine d’années. Dès 1646, ils reconstruisent les manufactures de soie de Hangzhou et Suzhou, d’où notre robe est issue. Plus de deux cents ateliers sont bâtis, qui iront jusqu’à produire près de quatre mille cinq cents pièces à l’époque Kangxi (1661-1722). Parmi lesquelles un petit nombre seulement de tuniques à dragons, quand on sait qu’un métier à tisser n’en fabriquait guère plus de sept annuellement... S’il est un type de vêtements de cour ayant acquis ses lettres de noblesse, c’est bien le “jifu”, habit solennel semi-officiel ou tenue de fêtes, comme il est précisé dans un ouvrage publié en 1765, Motifs illustrés de l’équipement rituel de notre dynastie, qui répartit les créations textiles en trois groupes selon les occasions pour lesquelles on les revêt. Ainsi, les vêtements officiels se conforment à la coupe mandchoue – plus près du corps, munis de manches resserrées complétées de manchettes en forme de sabot de cheval – l’héritage chinois subsistant néanmoins quant à la couleur et aux motifs. Le dragon, bien évidemment, orne nombre d’habits officiels et semi-officiels de l’empereur, de l’impératrice, des dignitaires de la cour et des fonctionnaires. Mais la dynastie Qing devait en faire usage plus que toute autre. Reconnaissable à sa tête de cheval et à sa queue de serpent, l’animal fabuleux est tout à la fois le symbole, au moins depuis la dynastie Han (IIe av.-IIe apr. J.-C.), du Fils céleste, du pouvoir naturel masculin de fécondation, du soleil levant et de la pluie de printemps ; c’est aussi l’adversaire de la Mort, qui règne sur l’Occident. Il est représenté de face ou de profil, se mouvant parmi les nuages ou les flots tumultueux. Privilège oblige, l’animal à cinq griffes (“long”) est cependant réservé à l’empereur, tout comme le jaune éclatant pour la couleur de sa tunique. D’ailleurs, le puissant dragon python (“mang”), qui lui ressemble tant, ne possède que quatre griffes. Neuf de ces impériales bêtes fantastiques ornent les compositions les plus formelles, ce chiffre, carré de trois, étant la quintessence du mâle (“yang”)... et donc du plus puissant d’entre eux, l’empereur. Sachez aussi que ce n’est qu’en 1759 que les Qing adoptèrent officiellement l’usage des douze emblèmes visibles sur notre robe. Le Ciel, la Terre, la Lune et le Soleil sont les destinataires des quatre grands sacrifices annuels, le signe “fu”, le paon, la paire de dragons et la hache évoquant les quatre solstices au moment desquels ils ont lieu. Enfin, les quatre éléments s’alignent dans leur prolongement, à savoir l’eau (algues), le bois (grain de millet), le feu (flammes) et le métal (paire de vases sacrificiels). Disposés de manière concentrique, ces signes auspicieux transforment le costume impérial en une sorte de cosmos, dont le souverain serait le centre...

robe imperiale

Chine, XVIIIe siècle. Robe impériale en kesi à décor de neuf dragons à cinq griffes et douze symboles auspicieux parmi les vagues, les pics et les nuages, doublure de soie bleu clair damassée de fleurs, 145 x 216 cm.


QUAND ?
Vendredi 13 juin 2014

OÙ ?
Salle 4 – Drouot-Richelieu.
Piasa SVV. Mme Jossaume, M. Portier.

COMBIEN ?
Estimation : 20 000/30 000 €.

detail robe
Détail
La Gazette Drouot n° 22 - Vendredi 6 juin 2014 - Claire Papon


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