La Gazette Drouot
Photographies de Charles Moore
En noir et blanc

Ténor du photoreportage, Charles Moore laisse un témoignage unique sur la lutte
pour les droits civiques aux États-Unis. Récit d’un combat.

I have a dream. “Je rêve qu’un jour, sur les collines rousses de la Géorgie, les fils d’anciens esclaves et les fils d’anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir à la table de la fraternité”... Qui ne se souvient du discours de Martin Luther King (1929-1968), le 28 août 1963 à Washington ? Car s’il n’est plus question d’esclavage depuis 1865 au pays de l’oncle Sam, les Noirs américains continuent de subir la ségrégation raciale. Rappelez-vous aussi le
1er décembre 1955, quand la jeune afro-américaine Rosa Parks est arrêtée pour avoir refusé de céder sa place à un homme blanc dans un bus, à Montgomery. C’est le début d’une campagne de boycott de la compagnie de bus de la petite ville de l’Alabama ; elle durera un an et aboutira à une décision de la Cour suprême, déclarant inconstitutionnelles les lois de ségrégation raciale dans les transports de cet État du Sud. Si le boycott cesse, il n’en est pas de même de la violence et du racisme. La lutte culminera avec la marche sur Washington de l’été 1963. Deux cent à trois cent mille manifestants, de toutes origines, réclament au Parlement le vote d’une loi accordant l’égalité civique à tous les Américains. Le président Lyndon Johnson a beau signer, le 2 juillet 1964, le Civil Rights Act qui interdit toute discrimination reposant sur la race, la couleur, la religion, le sexe ou l’origine nationale, on est loin d’une Amérique unie et fraternelle. “Il y a plus de Noirs avec moi en prison que sur les listes électorales”, écrit ironiquement le révérend King après son arrestation à Selma, le 1er février 1965. Les marches se multiplient. Les arrestations, aussi. En 1967, King prend publiquement position contre la guerre du Vietnam. Le Black Panther Party continue, lui, de lutter pour la liberté, la fin des brutalités policières, le plein emploi, des logements décents pour la communauté noire. L’assassinat de Martin Luther King, le 4 avril 1968 à Memphis, provoque une nouvelle explosion de violence dans une centaine de grandes villes du Nord... Et si une nouvelle loi est votée contre la discrimination dans le logement, une autre voit le jour contre les émeutes. Les photos des répressions continuent à faire la une des journaux. Notamment celles de Charles Moore, originaire d’Alabama.

serusier
Adjugé 1 800 euros au marteau.
Charles Moore (1931-2010), Birmingham, USA, manifestations pour les droits civiques, 1963,
tirage argentique vers 1980, étiquette tapuscrite de l’agence Black Star, 27,1 x 34 cm.
Dimanche 13 mai 2012, salle V.V. Millon & Associés SVV. M. Goeury.
L’une des premières, en 1958, montre Martin Luther King maintenu fermement par des policiers contre le comptoir d’un commissariat à Montgomery, sous le regard de sa femme. Beaucoup d’autres sur la lutte pour les droits civiques suivront, qui seront publiées dans le magazine Life. Collaborateur de l’agence de presse new-yorkaise Black Star, Moore a baroudé aux États-Unis, mais aussi au Vietnam, en Haïti, au Venezuela ou en République dominicaine. Son livre, Powerful days : the Civil Rights photography, paru en 1991, rassemble un témoignage unique. Notre photo – ainsi que de nombreux clichés de Declan Haun, Charles Harbutt, John Phillips, Sam Shaw, Werner Bishof ou Robert Capa –, quitte aujourd’hui la collection d’Armand Deriaz. Tombé dans un bac de révélateur dès son plus jeune âge, au sein d’une célèbre dynastie de photographes suisses, ce dernier fut photoreporter pendant dix ans au Sénégal, au Caucase, au Proche-Orient et en Chine, avant de se lancer dans l’édition d’ouvrages et de cartes postales. Une autre façon de montrer et de partager...
La Gazette Drouot n° 18 - 4 mai 2012 - Claire Papon


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