La Gazette Drouot
Un recueil de poésie du début du XVIIe siècle
L’amour illustré

Les histoires de coeur, tel est le thème de ce liber amicorum du début du XVIIe siècle, où poésie et peinture se mêlent avec galanterie. À vous l’honneur...

Non, l’amour courtois ne passera pas de mode ! Au début du XVIIe siècle, les relations amoureuses étaient encore idéalisées et romancées, comme le prouve cet ouvrage rare et original, liber amicorum dont certaines strophes sont datées “1604-1608”. Faire en gentilhomme la cour aux femmes avec politesse et délicatesse n’était pas pratique révolue... Le concept du livre d’amitié naquit un siècle avant, ces carnets personnels recueillant aussi bien des poésies que des dessins ou des mots d’amis. Les jeunes gens de bonne famille en faisaient un album de souvenirs de leurs voyages ou de leurs rencontres.
On peut ainsi trouver dans ces livres des oeuvres de différentes mains, et parfois d’artistes célèbres. Si les 43 gouaches rehaussées d’or contenues dans notre recueil sont bien toutes du même peintre – anonyme, mais quel talent ! –, plusieurs écritures se distinguent alentour. Quand l’amour courtois médiéval rejoint l’humanisme de la Renaissance... Cohabitent ici un poème manuscrit à l’encre en deux couleurs, rouge et noire, au total 21 huitains calligraphiés en français, et un manuscrit de trois pages, en milieu de volume, signées du monogramme “S” fermé. Une marque que l’on retrouve sur la reliure d’époque, en veau havane entièrement décoré d’un semis de fleurs de lys doré, chaque angle étant agrémenté, dans des petits cartouches ovales, d’un “S” fermé et d’une fleur de marguerite, tandis qu’au centre figure un losange ou delta encadrant un semis de fleurs de tulipes et trois couronnes de laurier. Très répandu au début du XVIIe siècle, l’emploi du “S” fermé serait un gage d’asservissement à l’amour, tandis que le delta ou double delta entrelacé serait celui de la fidélité. Un étui en maroquin noir sert d’écrin à ce délicat ouvrage. Issu de la maison anglaise Rivière & Son au XXe, il est titré Livre d’ami de Marguerite de Valois, 1604-1608. La belle reine de France n’a cependant jamais tenu ce livre entre ses mains. Mais, gageons sans peur que la célèbre avocate de l’amour galant et platonique aurait goûté l’ouvrage. En regard du poème évoquant les sentiments profonds, quelque 43 gouaches rehaussées d’or évoquent les amours mythologiques les plus célèbres, mais encore des scènes historiques. On retrouve aussi bien Pyrame et Thisbé, Persée et Andromède que François Ier fait prisonnier devant Pavie... Alentour, de charmantes scènes de déclarations passionnées, plantées dans des cadres somptueux où de belles architectures côtoient des animaux de toute origine vacant en toute liberté. Un véritable paradis terrestre au charme naïf et intemporel, dépeint par un artiste du début du XVIIe siècle, vraisemblablement flamand. Le style de la reliure et des peintures ainsi qu’une strophe évoquant les Pays-Bas devenus espagnols, en 1599, vont dans le sens de cette attribution. Enfin, tel un chef-d’oeuvre inachevé, 112 des 176 feuilles de ce recueil sont vierges... Tenterez-vous de les remplir ?

miniature

Recueil de poésie du début du XVIIe siècle manuscrit sur papier, illustré d’enluminures à la gouache,
daté 1604-1608.

QUAND ?
Jeudi 13 mars 2014

OÙ ?
Toulon. Hôtel des Ventes de Toulon SVV. MM. de Bayser.

COMBIEN ?
Estimation : 15 000/20 000 euros

La Gazette Drouot n° 9 -7 mars 2014- Caroline Legrand


http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp