La Gazette Drouot
Coup de coeur - Un saxhorn
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Vous avez dit saxhorn ?
Un curieux instrument à vent jouera mi-décembre une rare partition...
en salle des ventes. Lever de rideau sur le monde des sax.

Adjugé 11 400 € frais compris.
Saxhorn alto en mi bémol, à six pistons indépendants par Adolphe Sax, n° 32114.
Vichy, vendredi 12 décembre 2008.
Hôtel des ventes de Vichy SVV. M. Kampmann.

En qualifiant paris "centre intellectuel du monde", Franz Liszt parlait bien de la plus cosmopolite des capitales musicales. Durant la première moitié du XIXe siècle, de nombreux Belges – tels l’historiographe Fétis, le violoniste Charles de Bériot ou le violoncelliste Pierre Chevillard – rejoignent dans le grand concert parisien les compositeurs allemands et les pianistes polonais. Le plus célèbre est incontestablement Antoine-Joseph Sax (1814-1894), dit Adolphe Sax, l’un des plus illustres inventeurs d’instruments de musique, dont la moindre création n’est pas celle, en 1841, du saxophone.
Né à Dinant, dans la province de Namur, Adolphe profite d’abord des leçons de son père, facteur à la cour de Guillaume Ier d’Orange. Charles-Joseph Sax a notamment doté la musique militaire belge d’instruments appropriés. Apprenti dans l’atelier paternel bruxellois, le jeune élève perfectionne et expérimente de nouveaux modèles, une fois une prodigieuse clarinette basse, l’autre, une ingénieuse clarinette contrebasse...
Présentées à l’exposition de l’industrie belge, neuf de ses inventions obtiennent – seulement – une médaille de vermeil. Vexé d’avoir raté l’or, notre inventeur interprète décide en 1842 de gagner Paris. Pratiquement sans le sou, Adolphe Sax s’installe dans un hangar du neuvième arrondissement, rue Saint-Georges. Par l’intermédiaire du compositeur Halévy, il rencontre bientôt Hector Berlioz, qui s’est lancé avec frénésie dans la création, tout en poursuivant une remarquable carrière de critique musical. Dans le Journal des Débats du 12 juin 1842, le compositeur de la Symphonie fantastique fait un éloge appuyé de la sonorité révolutionnaire des instruments d’Adolphe Sax – et le propulse dans le monde musical parisien.
Aidé d’une centaine d’ouvriers, notre fécond créateur, également grand réformateur de musiques militaires, réalisera ainsi, entre 1843 et 1860, quelque vingt mille instruments ! Directeur de la musique particulière de l’empereur Napoléon III, Sax déposera trente-trois brevets et donnera son nom à quatre grandes familles d’instruments : les saxotrombas, les saxtubas, les saxophones et les saxhorns. Ces derniers, très complexes à fabriquer et lourds à transporter, n’ont été réalisés qu’à quelques exemplaires. D’une richesse et d’une invention de sons extraordinaires, ils bénéficient aujourd’hui d’un regain d’intérêt. En 2003, pour sa représentation au Châtelet des Troyens de Berlioz, l’Anglais John Eliot Gardiner a tenu à les introduire dans son orchestre pour interpréter la fameuse Marche troyenne et la Chasse royale. Quant à notre saxhorn, capable de jouer la gamme complète, il se distingue aussi par ses deux brevets. Datant de 1852, le premier concerne les six pistons indépendants : ils permettent au musicien une justesse et une grande qualité de sonorité, ainsi qu’une agréable facilité de jeu. Le second brevet, déposé en 1859, s’applique au pavillon tournant, qui projette le son dans la direction souhaitée par le musicien. Géniale invention, notre modèle numéroté et proposé en parfait état va sans nul doute mener la danse des cuivres : l’ampleur et la puissance de son souffle se rapportent ici à l’excellence de l’éclat.
Avis de grand vent sur Vichy !
Chantal Humbert
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp