La Gazette Drouot
Jesús Rafael Soto
EN RÉGIONS / Faut que ça bouge.

Jesús Rafael Soto est une figure majeure de l’art cinétique.
Retour, en Val de Loire, sur un artiste qui a su avancer avec son temps…

Le mouvement n’était-il pas l’un des défis majeurs de l’art moderne, le coeur des recherches artistiques de l’après-guerre ? Il constituait d’ailleurs l’enjeu et le titre de l’exposition organisée à Paris, en 1955, à la galerie Denise René. Y participaient Jesús Rafael Soto mais aussi les surréalistes Duchamp et Tinguely, le sculpteur Calder et, bien sûr, Victor Vasarely, l’auteur du célèbre Manifeste jaune, profession de foi des adeptes du cinétisme. Néanmoins, les recherches sur le phénomène ne datent pas de cette année-là ; avec les cubistes, les futuristes italiens ou les constructivistes russes, une première amorce dans l’animation des oeuvres avait déjà été enclenchée. Mais les tenants de l’art cinétique iront plus loin, abolissant les limites de la toile et des matériaux afin de donner corps à leurs théories. Adopté vers 1954, le terme “cinétisme” – du grec kinesis, qui signifie “mouvement” ou “ moteur” – est d’ordinaire utilisé dans le domaine scientifique. Pleinement ancrés dans leur époque, nos artistes utilisent toutes les avancées technologiques de ces années cinquante. Ainsi apparaissent dans les oeuvres le Plexiglas, le néon ou encore des circuits électriques, des moteurs, des sources de lumière diverses....
Les applications seront multiples. Tableaux, sculptures ou installations jouent d’illusions d’optique, se mettent en action grâce à des moteurs ou permettent aux spectateurs d’évoluer littéralement à l’intérieur de leur structure. Jesús Rafael Soto est un des pionniers de la spécialité. Il a grandi avec cet art et a su évoluer avec lui. Né en 1923 à Ciudad Bolivar, au Venezuela, il étudie à l’Instituto nacional de Cultura y Bellas Artes de Caracas avant de partir pour la France, en 1950. Dès lors, suite à la rencontre d’Agam et de Tinguely, il se lance dans ses recherches sur le mouvement. À celui qui considère que “l’art est une science”, toutes les technologies serviront les ambitions. Après avoir travaillé le Plexiglas, dans ses séries Spirales et Métamorphoses, il aborde ses célèbres Vibrations. Dès sa première exposition parisienne, au Salon des réalités nouvelles de 1951, Soto exprime sa volonté de “faire bouger Mondrian”. Il commence à travailler le métal en 1958. Sur un fond strié de noir et de blanc, il suspend des fils de fer de couleur, comme dans notre oeuvre de 1963. Ces derniers, par effet de moirage, se mettent à vibrer. Une réaction rétinienne qui fait oeuvre artistique. Ainsi nos Vibraciones forment-elle “le talisman” du cinétisme. C’est une des galeries provinciales les plus avant-gardistes de son temps qui l’accueillit en 1964, la bien nommée Argos à Nantes. Les locaux de Jeanne Charles Bourgeat étaient entièrement consacrés à l’art abstrait.
De nombreux autres artistes s’invitèrent dans ces lieux, certains d’ailleurs présents au sommaire de cette vente, tels Georges Mathieu, Victor Vasarely, Alexandre Istrati ou Joseph Sima. Quant à Jesús Rafael Soto, il ne devait pas s’arrêter là. Ses Pénétrables, véritables forêts de tiges de nylon, allaient permettre au spectateur d’évoluer au coeur l’oeuvre. Un artiste en mouvement perpétuel...
soto

Jesús Rafael Soto (1923-2005), Vibraciones, novembre 1963,
quatorze baguettes épaisses en suspension, en métal peint bleu et noir, 104 x 63 x 13 cm.

QUAND ?
Samedi 12 octobre 2013


OÙ ?
Olivet, château de La Fontaine.
Philocale SVV. M. Ottavi.


COMBIEN ?
Estimation : 100 000/150 000 euros.

La Gazette Drouot n° 33 - 4 octobre 2013- Caroline Legrand


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