La Gazette Drouot
Coup de coeur - Un atlas de Blaeu
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Un atlas pas comme les autres
Fruit d’un travail familial, Le Théâtre du monde figure parmi les ouvrages les plus convoités des bibliophiles. Récit d’une aventure éditoriale.
Adjugé 86 000 €.
Guillaume et Jean Blaeu,
Le Théâtre du monde ou Nouvel Atlas,
Amsterdam, Jean Blaeu, 1643-1645.
Quatre volumes in-folio comprenant 327 cartes dans leurs couleurs
d’époque, reliure d’éditeur en vélin doré d’origine.
Tours, lundi 12 juin 2006.
Hôtel des ventes Giraudeau SVV. M. Duchemin.
Insigne honneur, cet atlas fut offert par l’université de Paris à Omer Talon, avocat général au Parlement de Paris, qui toute sa vie a combattu le gouvernement monarchique, aveugle et autoritaire de Louis XIII, Richelieu ou Mazarin. Disparu en 1652, le magistrat voulait porter au-dessus des ambitions personnelles les services de l’État, notamment celui du Parlement.
Les membres de la famille Blaeu auraient certainement apprécié l’abnégation et la ténacité de cet homme... Joan et Cornelius doivent à leur père, Willem Janszoon, d’avoir changé leur destin en persistant dans son goût pour les mathématiques et l’astronomie, abandonnant par la même occasion la tradition familiale, qui le poussait vers la profession de marchand de hareng. Né à Vitgeest en 1571, Willem Blaeu fut l’élève du célèbre astronome danois Tycho Brahé et étudia en 1591 sur l’île de Hven. Astronomie, cartographie, fabrication de globes et d’instruments scientifiques n’auront bientôt plus de secret pour lui. Il s’oriente ainsi tout naturellement dans l’édition de cartes et de livres. Établi à Amsterdam en 1596, il édite neuf ans plus tard sa première carte du monde en 18 feuilles, puis, en 1619, son premier atlas, Theatrum Mundi. Ayant acquis plusieurs gravures de Mercator à la mort de l’éditeur Jodocus Hondius II, il les joint à son propre travail et publie, en 1630, L’Atlantis Appendix. Le lustre suivant voit paraître le premier volume de ce qui sera son entreprise la plus ambitieuse, l’Atlas Novus ou Theatrum Orbis Terrarum. Le patriarche décédé, en 1638, ses deux fils, Joan (1596-1673) et Cornelius (1610-1648) prennent la suite et s’attachent à parfaire l’atlas mondial débuté par leur père et inachevé à deux volumes. Joan, le plus célèbre, est devenu cartographe officiel de la compagnie des Indes orientales et imprimeur du roi de Suède. Il a apposé son nom sur les quatre volumes de notre exemplaire aux côtés de celui de son père, en hommage à l’initiateur de ce travail, disparu depuis cinq ans. En outre, après la mort de son frère, Joan achèvera seul, en 1660, les onze volumes de L’Atlas Major, en latin. L’ouvrage sera traduit en flamand, espagnol, anglais, allemand et, bien sûr, en français. Cette dernière version est constituée de douze volumes. Nos quatre livres constituerait donc l’une des toutes premières traductions, avant même l’édition complète. Un tel travail, rappelons-le, nécessitait de nombreuses années, même si l’entreprise faisait tourner quinze presses et employait quatre-vingts hommes à Bloemgracht, sans compter la succursale acquise à Gravenstraat. À la suite du grand cartographe hollandais Ortelius, Willem Blaeu et ses fils ont su renouveler les cartes terrestres et maritimes au fur et à mesure des découvertes. De plus, la fabrication est hautement soignée : papier supérieur, reliure unique en vélin estampé doré et minutieuses gravures assurent une solide réputation. Malgré un incendie en 1672 – la disparition des planches de gravure provoqua l’arrêt de l’édition du célèbre atlas –, les trois fils de Joan ont à leur tour fait perdurer l’affaire jusqu’au début du XVIIIe siècle. En seulement quarante ans d’édition, notre atlas avait acquis une grande valeur... que les connaisseurs ne démentiront certainement pas lors de cette vente.
Caroline Legrand
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp