La Gazette Drouot
� nouvelles moeurs, nouvelles formes
À PARIS / À nouvelles moeurs, nouvelles formes

L'architecture privée permet une certaine intimité dans la vie au quotidien, en particulier pour le souper.
Une évolution accompagnée au XVIIIe siècle par les arts de la table.

Cela ressemble à un seau. C'en est un, en effet, mais pour une destination bien précise : rafraîchir un verre. Pour plusieurs, on utiliserait une «verrière» (ou «seau crénelé») aux bords échancrés pour accueillir les pieds. Le rituel des repas, sous l'Ancien Régime, suivait une étiquette stricte. Une collation rapide au lever, suivie vers le début d'après-midi du dîner, pris le plus souvent avec des proches et, comme le rapportent nombre de mémoires, vite expédié. La grande affaire est le souper, où mets exquis et conversation raffinée vont de pair. C'est aussi en ces débuts de soirée que se tiennent les festins et autres grandes rencontres protocolaires. Des tables dressées dans les antichambres, on passe, sous la Régence et Louis XV, aux salles à manger proprement dites, plus proches des cuisines, qui comprendront peu à peu des annexes pour le service. Le long des murs était placé un buffet, souvent une console de marbre, sur lequel étaient disposés les plats des divers services. Des fontaines servaient à rincer les verres et à se nettoyer les doigts après le souper. Tout un ballet de valets servait les convives assis, la plupart du temps selon leur choix, les maîtres de maison s'arrangeant pour appeler auprès d'eux les personnes les plus influentes. Un surtout de table occupait le centre de la table, ronde ou ovale pour faciliter le plaisir de la conversation, où étaient aussi disposés les pots à oille et terrines. Un domestique placé derrière la chaise se tenait prêt pour changer l'assiette et le couvert au fur et à mesure des services. Les verres étaient apportés sur invitation de l'hôte ; le vin étant apprécié très frais, il était donc nécessaire de rafraîchir les récipients, d'où l'invention des seaux à verre. Pour les soupers intimes, chaque convive recevait son seau, changé à volonté, ainsi pouvait-on se passer des serviteurs. Louis XV fit même installer une table volante dans son château de Choisy en 1756, ainsi décrite : «Cette table est ronde, son milieu est un plateau mobile qui porte les plats et 56 bougies. Il peut, en un instant, descendre au-dessous de la salle et remonter d'un nouveau service et d'autant de bougies.» Ce nouvel usage fut grandement facilité par la production de porcelaine, Vincennes, comme Chantilly, livrant au roi et à la cour des seaux ordinaires pour verres, comme celui proposé dans cette vacation de céramiques anciennes. «Ordinaires», peut-être pour la bonne société du XVIIIe siècle, mais extraordinaires à nos yeux par le raffinement de leur décor… Les anses de ce modèle imitent une branche de chêne avec feuilles et glands, agrémentée en relief de feuilles et fruits. Le décor peint s'inspire des illustrations de Maria Sibylla Merian (1647-1717) pour ses livres de botanique et d'insectes. Des coccinelles, des petites bêtes que l'on peut identifier comme des guêpes, une chenille et un papillon, sont dis­-posées parmi des fleurs comme une rose et une tulipe. À cette époque, on parle de service «à la française», comme pour le jardin… L'art de la gastronomie s'accompagne d'un goût essentiel pour la nature.

Vincennes, vers 1747-1748.
Seau à verre ordinaire muni de deux anses en forme de branchage de chêne avec glands, rehaussé de feuillages et fruits en relief, décor polychrome de fleurs esseulées, insectes et chenilles, h. 10,5, l. 17,5 cm.



QUAND ?
Mardi 12 mai 2015

OÙ ?
Salle 9 - Drouot-Richelieu.
Audap & Mirabaud SVV.
Mme Finaz de Villaine.

COMBIEN ?
Estimation : 10 000/15 000 euros

La Gazette Drouot n° 18 du vendredi 8 mai 2015 - Anne Foster


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