La Gazette Drouot
Une allégorie de Jean Dupas
Bordeaux fait son show

Au rythme de l’art déco, une allégorie inédite de Jean Dupas mettra en scène le passé illustre de la cité portuaire. Avec panache...

Stimulée, au XVIIIe siècle, par le commerce du vin et les échanges avec les colonies, la ville de Bordeaux se voit transformée en un grand entrepôt international, prenant la tête des ports français.
À la veille de la Révolution, elle est seulement devancée, en Europe, par Londres. Les intendants Tourny et Boucher la dotent également d’une beauté à la hauteur de sa prospérité, qui fait de l’ancienne capitale royale un “petit Paris”. Ils aménagent sur les fondations médiévales de larges avenues rectilignes, formant un triangle et flanquées de demeures aux façades grandioses : les allées de Tourny, l’îlot Saint-Louis... L’architecte Victor Louis édifie un joyau du néoclassicisme, le Grand Théâtre alliant harmonie, raffinement, pureté et noblesse d’ordonnance. “Prenez Versailles et mêlez-y Anvers, vous aurez Bordeaux”, résumera cette formule célèbre de Victor Hugo. Décidant de renouer avec les prestigieux chantiers du XVIIIe siècle, Adrien Marquet, maire de Bordeaux durant l’entre-deux-guerres, échafaude un ambitieux programme d’urbanisme.
En étroite collaboration avec l’architecte Jacques d’Welles, tout comme Édouard Herriot avec Tony Garnier pour Lyon, il fait appel à des artistes régionaux, mais aussi parisiens. Ainsi devait naître une école bordelaise dynamique, qui rayonnera en Europe. De nouvelles constructions s’intègrent au classicisme ou adoptent le style art déco aux formes pures et discrètes – pierre de taille pour l’architecture privée, béton pour les bâtiments publics, comme la bourse du travail. Bâtie entre 1935 et 1938 dans le quartier de la Victoire,? celle-ci est aujourd’hui classée monument historique.

pillement
Adjugé 191 160 euros frais compris.
Jean Dupas (1882-1964), Étude pour “L’Allégorie de Bordeaux”, vers 1935,
dessin au fusain et estompe mise aux carreaux, signée en bas à gauche, 124 x 99 cm.
Bordeaux, samedi 12 mai. Alain Briscadieu SVV.
Réalisé à la demande des syndicats, le bâtiment, inauguré le 1er mai 1938 par Adrien Marquet, se donne aussi pour vocation d’être un “palais pour le peuple [...] qui a bien le droit de profiter de l’art et des richesses qu’il contribue à édifier”... La façade ornée d’un bas-relief d’Alfred Janniot célèbre derechef les activités commerciales qui ont fait la gloire de la cité des Chartrons. Sur un thème semblable, le Bordelais Jean Dupas peint une importante fresque pour aviver la salle de spectacle Ambroise Croizat. Étude préparatoire au décor, notre dessin bien conservé et proposé dans son jus provient d’un hôtel particulier bordelais. Il avait été donné par le peintre au grand-père du vendeur, en signe d’amitié reconnaissante. Savamment équilibrée, la composition tout en hauteur accentue l’impression de monumentalité. Rondes, puissantes et expressives, les formes vigoureusement modelées par la lumière se rattachent à une esthétique art déco directement inspirée de l’Antiquité. La pose énergique du fusain, les effets de l’estompe et de la mise au carreau apportent une incroyable présence à notre allégorie évoquant les richesses coloniales bordelaises. Exécutée avec une très grande maîtrise, elle représente cinq gracieuses jeunes femmes : entourées de lauriers, de palmiers et d’ananas, elles évoquent l’âge d’or du commerce. Reine de l’Océan, Bordeaux a mené au XVIIIe siècle une magnifique aventure maritime, faisant des Antilles ses îles aux trésors. La ville souveraine présidait au trafic entre l’Aquitaine et la Guadeloupe, la Martinique et surtout Saint-Domingue. Vins, tissus, clous ou farines contre sucre, café, cacao, indigo, poivre... De quoi épicer aussi les enchères !
La Gazette Drouot n° 19 - 11 mai 2012 - Chantal Humbert


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