La Gazette Drouot
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Coup de coeur - L’élégance exquise du Parmesan
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L’élégance exquise du Parmesan
Cette feuille nous permet de retrouver l’un des plus importants chapitres de l’art du dessin.
Le raffinement, version Cinquecento.

Adjugé 272 624 € (frais compris).
Francesco Mazzuola
dit Il Parmigiano (1503-1540),
Trois figures de femmes
avec un enfant près d’une colonne,
plume et encre brune,
lavis brun et rehauts de blanc, 15 x 11 cm.

Paris, samedi 12 avril 2008, salle 9.
Rieunier & Associés SVV. M. Millet.

Lorsque naît, en 1503 à Parme, Francesco Mazzuola, la peinture italienne est dominée par Léonard et surtout «le divin Raphaël», l’artiste préféré de Jules II. En cette fameuse année 1503, le pape fait aussi appel à Michel-Ange pour édifier son tombeau et peindre la chapelle Sixtine. Dans ce climat artistique exceptionnel, l’art du dessin occupe une place prépondérante. Le talent du jeune Mazzuola, connu plus tard sous le nom d’Il Parmigiano, est très tôt décelé. Revenu à Parme après un court séjour à Viadana, dans le duché de Mantoue, «désireux de se perfectionner et entendant louer les oeuvres des grands maîtres, en particulier de Raphaël et de Michel-Ange», écrit Vasari dans le chapitre qu’il lui consacre dans Les Vies, Mazzuola décide, en 1523, de partir pour Rome. Il faut aussi dire qu’à Parme, Le Corrège règne en maître incontesté. Lorsque Le Parmesan arrive dans la Ville Sainte, Raphaël est mort depuis quatre ans et Michel-Ange est à Florence. De ses aînés, il assimile la bella maniera selon Vasari – c’est-à-dire la grâce, l’harmonie, la virtuosité et la fantaisie. Ses dessins sont recherchés par les artistes et les collectionneurs de son temps. La maîtrise du Parmesan se révèle dans toutes les techniques, sanguine, crayon et plume souvent rehaussés de blanc et de lavis. Il y aborde aussi bien des figures isolées que des groupes de personnages, des nus ou des études de tête, des paysages et des scènes intimistes... Son dessin illusionniste est renforcé par un cadrage resserré, mettant en valeur les volumes et la ligne. Plus de mille dessins, conservés dans des collections publiques et privées, témoignent de l’élégance exquise dont il fait preuve – tant dans des feuilles où il jette ses premières pensées que dans les travaux de présentation, au dessin plus abouti. Ainsi diffusent-ils un nouveau type de beauté, tout en rythmes sinueux et aux formes allongées, reprises par les peintres maniéristes. Notre composition a appartenu au Vénitien Antonio Maria Zanetti, qui lui-même grava sur bois des dessins du Parmesan acquis en 1720, lors de la vente de la collection du duc de Norfolk, comte d’Arundel. À la fin du XVIIIe siècle, cette étude et les autres dessins du maître maniériste rejoignent les collections de Giovanni Antonio Armano. Cet autre amateur vénitien fit graver de nom-breuses oeuvres par Francesco Rosaspina ; notre feuille ne fut d’ailleurs longtemps connue qu’à travers une gravure de ce Bolonais. Une rare occasion nous est donnée d’admirer, à l’instar des peintres du XVIe siècle, le raffinement virtuose du Parmesan. Et pourquoi pas, de méditer cette parole de Michel-Ange : «Je me prends parfois à penser qu’il n’y a pour les hommes qu’un seul art, celui du dessin, dont tous les autres procèdent.»
Anne Foster