La Gazette Drouot
Trois bouddhas du XVe siècle
EN RÉGIONS / Le don de multiplicité

Conservés depuis près d’un siècle dans la même collection, trois bouddhas du XVe siècle agiteront le marché de l’art asiatique, du côté de Bordeaux. À ne pas manquer !

Et un, et deux, et trois bouddhas !
Un triplé magique, quasiment unique sur le marché de l’art, provenant de plus d’une collection constituée de 1910 à 1925 en Chine, puis au Tibet, par «Monsieur R.P.». Ces figures de Bouddha nous renvoient à l’âge d’or de la sculpture bouddhique en bronze, la dynastie Ming (1368-1644), dernière grande lignée d’empereurs chinois de l’ethnie Han. Durant leur règne, ils s’évertuèrent à mettre en valeur les arts ancestraux, n’hésitant pas à investir dans tous les domaines. Ainsi portèrent-ils à leur apogée la peinture, la sculpture, l’art de la laque, du jade ou encore la poésie... Les bronzes restent néanmoins bien souvent réservés au culte bouddhique ou aux oeuvres impériales, comme autant de symboles de pouvoir et de richesse. À la faveur de l’implantation du bouddhisme tibétain vajrayana, la figure de Bouddha devient le modèle privilégié. Les Ming, menés par leurs premiers empereurs charismatiques, Zhu Yuanzhang et Yongle, poursuivent la diffusion de la doctrine dans l’empire du Milieu, au grand dam des confucéens. Peut-être légèrement plus tardifs au regard de leur marque, nos trois bouddhas renvoient stylistiquement au règne de l’empereur Yongle (1403-1424).
De nombreux détails en témoignent, comme la double série de pétales de lotus sur le socle, les visages carrés et larges, le dôme de l’«ushnisha» prononcé, les lobes des oreilles allongés et percés en «V» dans la partie supérieure, les yeux mi-clos profondément incisés, peints et aux paupières supérieures rehaussées d’un filet... En outre, les plis plats de la robe barrant en diagonale la poitrine se retrouvent sur un bronze de cette époque, aujourd’hui conservé au Victoria and Albert Museum de Londres.
Mais, intéressons-nous de plus près à nos divinités. Si elles sont toutes trois assises en vajraparyankasana, chacune adopte une position des mains différente. Le bouddha Vairocana fait le geste de la dharmachakra-mudra, la «mise en mouvement de la roue de la loi» symbolisant le premier sermon de Bouddha devant ses cinq anciens compagnons d’ascèse. La main gauche d’Akshobya, ou Sakyamuni, signifie celui de la méditation (dhyanamudra), la droite, en bhumisparsa-mudra, révélant la prise à témoin de la terre. Notre dernier compère se nomme bouddha Amoghasiddhi. Il présente sa main gauche en dhyana-mudra et celle de droite en abhaya-mudra, geste d’absence de crainte, qui lui permit de stopper un éléphant lancé contre lui par son peu sympathique cousin Demadatta. Nos sculptures devaient faire partie d’une série de cinq bouddhas dits «de la Sagesse».
Dans le bouddhisme tibétain, ils représentent cinq aspects du Bouddha primordial, mais aussi cinq voies permettant de transformer des émotions négatives en des forces positives. On les associe aussi aux points cardinaux, incluant le centre avec Vairocana, Akshobya correspondant à l’est, Amoghasiddhi au nord. Les deux absents ? Ratnasambhava, pour le sud, et Amitabha pour l’ouest.
Ils manqueront aussi une belle bataille d’enchères !.

bouddha

Chine, dynastie Ming, XVe siècle,
bouddhas en bronze doré, marque apocryphe «Da Ming Yongle
Nian Zao». h. 55 cm.
le bouddha Akshobya, ou Sakyamuni.


QUAND ?
Samedi 12 mars 2016


OÙ ?
Bordeaux. Alain Briscadieu SVV.
M. Delalande.


COMBIEN ?
Estimation : 150 000/200 000 euros

bouddha
Les bouddhas Amoghasiddhi et Vairocana
La Gazette Drouot n° 9 du vendredi 4 mars 2016- Caroline Legrand


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