La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Une coupe par Frantisek Vizner
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En verre et contre tout...
Une vente de verre contemporain sans artistes tchèques ? Impossible.
Pour preuve, cette coupe signée d’un des grands novateurs en la matière, Frantisek Vizner.
vizner

Adjugé 27950 € frais compris (23 000 €)
Frantisek Vizner (né en 1936).
Coupe circulaire en verre taillé
et gravé vert intense, une cavité
centrale contenant un petit élément
circulaire aplati d’un vert plus sombre.
H. 10,5, Diam. 28,5 cm.
Paris, lundi 12 mars 2006, salle 6.
Millon & Associés. Mme Bloch-Dermant.

Vizner, une tempête dans un verre d’eau ? Pas si sûr... Nombreuses sont les expositions et les rétrospectives organisées dans des galeries européennes ou américaines, les musées n’étant pas en reste, qui, de New York à Prague, en passant par Stockholm, possèdent souvent plusieurs de ses oeuvres. Depuis plus de cinquante ans, Frantisek Vizner est en effet passé maître dans l’art d’apprivoiser ce fragile matériau, en l’occurrence un verre optique provenant d’Allemagne ou de France, très dur et très pur. Vizner le taille ensuite à l’aide d’une meule verticale, dont le disque abrasif imprime à l’objet son apparence. Des formes géométriques compactes, où la demi-sphère et le cube ont une place de choix, mais dont la simplicité est illusoire. Si l’artiste pratique peu l’esquisse et le travail préparatoire, il explore en revanche jusqu’à la minutie la forme, la couleur, la proportion et la matière de chacune de ses pièces. Pas de détail superflu pour arrêter le regard, pas d’aspérité qui heurte le toucher. Des lignes pures, des contours précis, des surfaces de velours, des couleurs denses et profondes obtenues à partir d’un cristal à forte teneur en plomb : "Une technique minimaliste pour un résultat classique", comme il le dit lui-même.

Après une formation dans les célèbres écoles tchécoslovaques de Novy Bor et Zelezny Brod, Frantisek Vizner entre aux Arts décoratifs de Prague, où il reste six ans. Il est parmi les premiers, dans les années 60, à concilier art et industrie. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale en effet, deux pays font figures de pionniers dans l’art du verre, la Tchécoslovaquie et les États-Unis – la première dans le milieu industriel d’une société communiste, les seconds dans le cadre universitaire d’une jeunesse travaillant en atelier. En Tchécoslovaquie, les industries verrières ont été nationalisées à partir de 1945, les caisses renflouées et des studios mis à la disposition des étudiants.

Si l’accent est principalement porté sur la création d’articles de table et de décoration, la sculpture fait ici ses premiers pas. Des expositions internationales, à Milan, à Bruxelles et à Moscou, révèlent d’étonnantes installations de créateurs tchèques, où la maîtrise technique est à la hauteur de la liberté d’improvisation. Peu à peu, les artistes prennent leur autonomie par rapport au milieu industriel, le verre s’impose comme un nouveau support pour la sculpture, la peinture et l’architecture.
La Tchécoslovaquie est reconnue comme une place d’avant-garde. Dans le sillage des couples précurseurs Libensky-Brychtova et Roubicek-Roubickova, Frantisek Vizner s’impose comme un artiste rare. In vitro veritas !
Claire Papon