La Gazette Drouot
Portrait de la citoyenne Tallien
Notre-Dame de Thermidor

Un portrait célébrant une belle héroïne révolutionnaire devrait prochainement toucher bon nombre d’amateurs. Une pièce souveraine, forcément exceptionnelle...

Sous la Révolution, plusieurs figures féminines se sont distinguées par leur bravoure audacieuse. On peut ainsi rappeler que lors des massacres de septembre 1792, Marie-Maurille de Sombreuil racheta la vie de son père en buvant un verre de sang «à la santé de la nation». Le peintre Claude Gautherot a immortalisé Elisabeth Cazotte sauvant aussi son père, un écrivain enfermé à la prison de l’Abbaye. Un autre élève de David, Jean-Louis Laneuville, s’est pour sa part spécialisé dans les portraits, régulièrement exposés au Salon du Louvre. Notre effigie, présentée en 1796 sous le numéro 244, est un hymne à la hardiesse héroïque de madame Tallien. Le jeu de la lumière, le fond neutre ainsi que la sobriété des couleurs traduisent admirablement la grâce émouvante de la miraculée de Thermidor. Espagnole de naissance, Thérésa Cabarrus, mariée à quinze ans au financier Devin de Fontenay, est connue pour recevoir avec brio la bonne société parisienne du Marais. Sa beauté foudroyante, sa conversation et son esprit primesautier font vite tourner bien des têtes. Bénéficiant des libertés nouvelles, elle divorce, mais, proche des aristocrates, elle doit se réfugier à Bordeaux, où elle est emprisonnée en décembre 1793. C’est là que Thérésa entre dans l’histoire... en devenant la maîtresse adorée de Jean-Lambert Tallien. Follement épris, celui-ci la fait libérer. Sous l’emprise amoureuse, le conventionnel applique avec moins de dureté les décrets du Comité de salut public et instaure un «bureau des grâces». De nombreux suspects échappent ainsi à la guillotine : la jeune femme est alors gratifiée du surnom de Notre-Dame du Bon Secours. Mais, en pleine Terreur, leur liaison scandaleuse fait sévèrement froncer les sourcils de l’Incorruptible ; Tallien doit ainsi regagner Paris, vite rejoint par son amante. Arrêtée sur ordre de Robespierre, Thérésa est conduite place de la Révolution, haut lieu de la guillotine. Là, les gardes la contraignent à regarder : «Dans trois jours, tu joueras cette pièce en personne !» Enfermée d’abord à La Force, puis à la prison des Carmes, elle subit avec Joséphine de Beauharnais les affres de l’emprisonnement. Sur le point d’être guillotinée, elle envoie un billet poignant à son amant : «Je meurs d’appartenir à un lâche»...
laboureur
Adjugé 278 400 € frais compris
Jean-Louis Laneuville (1748-1826), Portrait de la citoyenne Tallien, dans un cachot à La Force,
toile agrandie sur les côtés, 129 x 112 cm. Collection des princes de Chimay.
Bayeux, vendredi 11 novembre. Bayeux Enchères SVV. Cabinet Turquin.
Piqué au vif, Tallien entre activement dans la conjuration contre Robespierre et s’illustre le 9 thermidor à la Convention. Libérée trois jours plus tard, Thérésa, cette fois devenue Notre-Dame de Thermidor, bénéficie de l’énorme popularité de Tallien. Adulée, admirée, elle est une héroïne courue, lançant la mode néogrecque. Parée des épreuves endurées, elle se fait portraiturer par Jean-Louis Laneuville. Représentée dans l’antichambre de la mort, elle tient pathétiquement ses cheveux coupés pour offrir son cou ravissant à la guillotine. En référence au thème néoclassique de Dibutades et de l’invention du dessin, Laneuville reproduit sur le mur de la prison le profil de Tallien, qu’elle épousera en décembre de la même année. Aux bourrasques sanglantes succède le tourbillon des plaisirs, des amours tumultueuses. Divorcée de nouveau, notre héroïne se remarie, en 1805, avec le prince de Chimay. Conservée jusqu’à aujourd’hui dans la famille, notre toile, qui sera incluse au catalogue raisonné en préparation, a de quoi affoler bien des coeurs. Glamour et passions garantis !
La Gazette Drouot N°37 -28 octobre 2011- Chantal Humbert


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