La Gazette Drouot
Récipient en forme de phénix, Chine, époque Qianlong (1736-1795)
À PARIS / L’oiseau rare

Tout devrait aller comme sur des roulettes pour ce grand phénix en émaux cloisonnés d’époque Qianlong, fleuron d’une vente consacrée aux arts d’Asie.

Il ne porte pas de marque impériale, mais un objet similaire, en forme de coq, fait partie des collections du Musée national du Palais à Taipei. Une référence pour les collectionneurs d’art asiatique... Classique, le décor de notre volatile n’en est pas moins d’une grande diversité, qui mêle dragon pourchassant la perle sacrée parmi les nuages, svastikas, pétales de pivoine, fleurs de lotus et masque de taotie – ce monstre glouton associant des traits d’animaux réels à ceux de créatures fantastiques, représenté sur des objets funéraires en jade et en bronze dès l’époque néolithique. Remarquable par ses dimensions, ce phénix est surtout original par ses roues et par le vase dont il est surmonté. Enfin, si les émaux cloisonnés étaient nombreux au XVIIIe siècle, ils bénéficient ces dernières années d’une grande faveur. C’est très probablement au XIVe siècle que cette technique fut introduite en Chine par des marchands ou des artisans ambulants (européens, arméniens, arabes, persans...), venus de gré ou de force à la cour de Xian. Très prisés des Mongols pour leurs couleurs vives et leur caractère inaltérable, ces guiguoyao («produits des diables étrangers») séduisent ensuite les Ming, les empereurs Xuande et Jingtai, et habillent à l’époque Qianlong les brûle-parfums, les boîtes, les vases ou les chandeliers. Lors du sac du palais d’Été, en 1860, et surtout après l’intervention en 1900 des troupes étrangères pendant les «55 jours de Pékin», nombre d’objets en émaux faisaient partie du butin constitué par les soldats, déclenchant l’engouement que l’on sait en Europe... S’il est un animal qui, en Asie, suscite l’enthousiasme, c’est bien le phénix, au deuxième rang parmi les animaux mythologiques, aux côtés du dragon, de la licorne et de la tortue. Le volatile règne en maître sur les trois cent soixante espèces d’oiseaux répertoriées, excusez du peu... Son nom, feng huang, associe l’image de paix et de félicité du phénix mâle à celle de la femelle, symbole de tout ce qui se rapporte à l’impératrice. Une union heureuse, en quelque sorte. Oiseau du sud, de l’été et du feu, associé à la couleur rouge, le phénix est reconnaissable à sa tête de faisan, sa crête de coq, son bec de moineau, son cou de tortue muni de plumes en forme des flammes, son corps de cigogne et sa queue de paon. Forcément, à physique unique, plumage singulier ! Comprenez du bleu-vert, du jaune, du rouge, du blanc et du noir, symboles des cinq vertus cardinales : la droiture, l’honnêteté, la justice, la fidélité et la bienveillance. Respectueux des autres, le phénix ne se nourrit pas d’insectes, mais uniquement de graines de bambou, et se désaltère dans les sources sacrées. Quand il n’est pas perché sur son arbre – le wutong (parasol chinois) utilisé pour ses qualités sonores comme caisse de résonnance dans plusieurs instruments de musique –, notre animal descend sur terre. Ses rares apparitions sont annonciatrices de paix ou d’heureux présages, notamment des naissances extraordinaires. Et il est bien sûr cité dans moult légendes. Sa présence dans quelques jours sous le marteau pourrait bien alimenter le mythe...

oiseau

Chine, époque Qianlong (1736-1795).
Récipient en forme de phénix "zun" en bronze doré et émaux cloisonnés, posé sur deux roues et supportant un vase balustre à col étroit, h. 37 cm.

QUAND ?
Jeudi 11 juin 2015

OÙ ?
Salle 13 - Drouot-Richelieu.
Blanchet & Associés SVV.
Mme Jossaume, M. Portier.

COMBIEN ?
Adjugé 358 400 frais compris

oiseau
Détail
La Gazette Drouot n° 22 du vendredi 5 juin 2015 - Claire Papon


http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp