La Gazette Drouot
Une paire de cratères monumentaux
À RÉGIONS / Quand Romy rencontre Coco.

Parmi les photos réunies par un passionné de cinéma, une leçon de mode a accroché notre regard. Celle donnée par Romy Schneider en Chanel devant la caméra de Visconti.

Mille cent cinquante photographies originales des plus grands acteurs des années 1950 à 1970 seront livrées aux feux des enchères le samedi 11 juin à Vannes. Leur collectionneur n’est autre que Gilles Durieux, journaliste de presse et de télévision, romancier et poète, qui, de Cinémonde au festival de Cannes en passant par Canal Plus, a eu le temps de nouer les plus solides amitiés avec les stars du septième art. Au gré de ces clichés saisis pour la plupart sur les plateaux de tournage, défilent les icônes d’un âge d’or : Brigitte Bardot, Catherine Deneuve, Claudia Cardinale, Jean-Paul Belmondo, Sophia Loren, Anna Karina, Lino Ventura... Ou encore le visage rayonnant d’une Romy Schneider de vingt-trois ans dans Boccace 70, un film à sketches sorti en 1962, qui propose une lecture décapante des satires misogynes de l’auteur du Décaméron. Les scenarii en semblaient si scabreux que le producteur, Carlo Ponti, l’avait projeté dans un futur proche, l’année 1970 supposée être plus libérée. Mais son originalité repose surtout sur une réalisation confiée à quatre metteurs en scène dans le vent : Mario Monicelli, Federico Fellini, Vittorio De Sica et Luchino Visconti. Ce dernier tourne l’épisode intitulé « Le travail » où Romy incarne Pupe, une grande bourgeoise désoeuvrée qui s’ennuie ferme dans son palais milanais. Survient un événement inespéré : son époux Ottavio se fait pincer avec une call-girl. Pupe, bien décidée à gagner son indépendance, se met aussitôt en quête d’un emploi, dépouillant les petites annonces, avec une nette préférence pour le mannequinat ou le commerce d’antiquités. Au final, se ravisant, elle impose un marché insolite : en échange de la paix conjugale, ses faveurs lui seront désormais rétribuées au tarif des professionnelles de haut vol. Dans ce huis clos amoral de moins d’une heure, Romy virevolte, change trois fois de tenue, téléphone, minaude ou menace, et ce, toujours impeccablement habillée par la maison Chanel. Une magistrale leçon d’élégance, à tel point que la véritable vedette du film pourrait bien être le mythique tailleur codifié par la couturière parisienne. En cette année 1962, l’uniforme chic a pris son apparence définitive ; au fil des scènes, on se laisse volontiers distraire par la contemplation de ses fameux détails : l’épais tweed moucheté et gansé, la doublure de la veste en soie rose assortie à celle de la blouse, les multiples colliers où s’entrechoquent le toc et le vrai, le tout bien sûr accompagné des indispensables souliers bicolores. Le réalisateur italien Luchino Visconti était un grand ami de Gabrielle Chanel depuis 1938. Tout naturellement, il décida de lui confier les costumes de son épisode du Boccace 70. Coco n’en était pas à son coup d’essai, puisqu’elle avait déjà métamorphosé Delphine Seyrig, en 1961, pour L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais. Avec sa complicité amicale, la chrysalide Romy Schneider, tournant enfin le dos au personnage poupin de Sissi, se transforme à son tour en femme du monde, plus Chanel que Mademoiselle elle-même. Un inoubliable moment de mode.

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Claude Lalanne (née à Paris en 1924)
et François-Xavier Lalanne (1927-2008),
Dimétrodon, 1998, sculpture topiaire
numérotée D II 1/1,
220 x 540 x 160 cm.

QUAND ?
Samedi 11 juin.

OÙ ?
Vannes, Jack-Philippe Ruellan SVV.

COMBIEN ?
Estimation : 200/400 €.

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Détail
La Gazette Drouot n° 21 du vendredi 27 mai 2016 - PHILIPPE DUFOUR


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