La Gazette Drouot
Un bronze de Baltasar Lobo
La mère parfaite

En quête des formes idéales, Baltasar Lobo a décliné durant toute sa carrière les représentations de la femme et de la maternité... l’image du bonheur universel.

Les Français eurent Aristide Maillol, les Anglais Henry Moore et les Espagnols, Baltasar Lobo. Un même thème réunit ces trois sculpteurs modernes – la femme – et un même but : la simplification des formes. Autre point commun, chaque passage aux enchères d’un bronze monumental de Baltasar Lobo crée l’événement. Il faut dire que l’artiste jouissait déjà de son vivant d’une belle réputation. Né en 1910 en Castille, près de Zamora, ville qui possède aujourd’hui un musée à son nom, Baltasar Lobo appartient à cette belle école espagnole qui a vu naître, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, quelques-uns des plus grands noms de l’art moderne européen. Citons seulement Pablo Picasso, Joan Miró, Salvador Dalí ou Antoni Tápies... Dès son enfance, Baltasar Lobo vit dans le goût du travail manuel, son grand-père étant tailleur de pierre et son père, menuisier. Il entre en apprentissage, à l’âge de douze ans à Valladolid, dans l’atelier du sculpteur Ramon Nunez, spécialisé dans les sculptures religieuses. Après un court passage à l’école des beaux-arts de Madrid, en 1927, il s’inscrit au cours du soir des arts et métiers, qui lui apportent une formation moins académique et rigide. La guerre civile espagnole marquera un temps d’arrêt dans sa jeune carrière ; son père meurt et il doit fuir l’Espagne franquiste, en 1939, en compagnie de son épouse. Comme tout bon artiste espagnol débarquant à Paris, la première chose qu’il fait est de frapper à la porte de Pablo Picasso. Après avoir vu son travail, le peintre offre alors son aide au jeune homme. Lobo s’installe dans le quartier de Montparnasse, qui vit dans l’effervescence de l’école de Paris. Cette émulation artistique jouera un grand rôle dans l’évolution de son oeuvre. Il rencontre le sculpteur cubiste Henri Laurens, qui lui offre de travailler dans son atelier et lui inspire la thématique féminine. Alors qu’on redécouvre les arts grecs archaïques, mais aussi les arts africains ou océaniens, les thèmes classiques de la femme ou de la maternité renouent avec leur sens primitif, de la féconde Vénus callipyge à la protectrice Maternité africaine, en passant par l’idole cycladique. Vus au prisme d’un oeil moderne, ils sont réinterprétés, dans un style mêlant figuration et abstraction. Dans la lignée d’Henry Moore et de Jan Arp, les formes se géométrisent, s’arrondissent, afin d’obtenir une image épurée de tout détail inutile, ne conservant que l’essentiel. Si c’est en 1945-1946, à La Ciotat, que Lobo réalise ses premiers dessins sur les thèmes du nu féminin et de la maternité, il les déclinera jusqu’en 1954. Avec succès, puisque ses créations ont souvent été choisies pour orner des lieux publics, que ce soit en France ou au Venezuela. On se souvient qu’une Mère et enfant installée à Paris, à l’angle de la rue du Faubourg-Saint-Honoré et de la rue Berryer, avait fait l’objet d’une tentative de vol il y a quelques années. Enfin, une réplique de notre sculpture orne l’entrée du palais de Justice de la ville de Zamora. Tout en rondeur et sensualité, cette oeuvre monumentale offre une vision universelle de l’amour maternel. Un vrai bonheur !

baltasar

Baltasar Lobo (1910-1993), Mère et enfant, bronze à patine verte, signé Lobo sur la base, Susse fondeur Paris
n° 6/8, 135 x 100 x 40 cm.

QUAND ?
Mercredi 9 avril 2014

OÙ ?
Nîmes. Hôtel des ventes de Nîmes SVV.
Cabinet Maréchaux

COMBIEN ?
Estimation : 150 000/200 000 euros

La Gazette Drouot n°13 du vendredi 4 avril 2014- Caroline Legrand


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