La Gazette Drouot
In vino veritas
In vino veritas
Séduisant hommage à la vigne et aux précieux élixirs que celui rendu par Bernard Chwartz.
Au menu, cinq cents ouvrages sur le sujet. Joie !
Rappelez-vous, le 20 février 1993 : des enchères de grand cru, pour un total de trois millions de francs, accueillaient les 617 ouvrages de la bibliothèque bachique Kilian Fritsch. Le thème unique, mais large – le vin et la viticulture de l’Antiquité à nos jours –, passionnait un nombreux public de particuliers collectionneurs. Seront-ils à nouveau au rendez-vous dans quelques jours ? Il y a fort à parier, tant les ventes sur ce thème sont rares.
Adjugé 20 000 euros.
Victor Rendu Ampélographie française comprenant la statistique, la description des meilleurs cépages, l’analyse chimique du sol et les procédés de culture et de vinification des principaux vignobles de France, Paris, 1857. Deux volumes in-folio illustrés.
Lundi 11 et mardi 12 avril, salle Rossini. Alde SVV. MM. Oberlé, Pimpaneau.
C’est en 1980 que Bernard Chwartz, notaire toulousain décédé en 2009, découvre son premier catalogue de vente sur le vin… Très vite, c’est l’engrenage, l’innocent passe-temps devient une passion. L’homme est un épicurien, dont l’histoire d’amour avec le vin et les plaisirs de la table ne date pas d’hier. Initié dès l’enfance, il poursuit la découverte, au début des années 1960, à l’occasion de son service militaire dans une caserne à Dijon et sur le terrain, lors de matchs de rugby avec l’équipe de Nuits-Saint-Georges – Bacchus devait sans doute garder un œil sur lui. Puis il découvre le Bordelais, les vallées du Rhône et de la Loire, suit des cours à l’école d’œnologie de Toulouse, obtient même une première place au concours du meilleur sommelier amateur de la région Sud-Ouest… et amassera 8 000 volumes sur les étagères de sa bibliothèque. Quand on aime, on ne compte pas ! Des ouvrages concernant la culture, la civilisation, la littérature, les chansons, les grands crus, les sermons et… les cuites les plus mémorables ! Il y a dix ans, Bernard Chwartz cède, sous le marteau, la première partie de sa bibliothèque. Suite et fin aujourd’hui. Où l’on pourra s’étonner d’une missive de Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon (600/800 €), demandant le 25 septembre 1709 à l’une de ses amies de «[lui] donner encore du vin qui est excellent et de [lui] dire franchement ce qu’il couste». Le breuvage en question a pour provenance le village de La Marche, dans le Libournais, autrefois vendu sous l’appellation Saint-Émilion. Louis Cornaro, avec De la sobriété et de ses avantages (Paris, 1701), nous enseigne comment rester dans une santé parfaite jusqu’à un âge avancé (300/400 €), tandis qu’un petit volume, publié à Saint-Pétersbourg en 1816, propose une Nouvelle Méthode de distiller le vin par le moyen de la vapeur d’eau en Russie, où la plupart des fabricants n’observent aucune règle dans leurs procédés. L’ouvrage (500/600 €) a été publié au profit des invalides militaires, c’est dire ! Beaucoup mieux connu, tout en étant de la plus grande rareté, le livre de Victor Rendu, Ampélographie française…, devrait constituer la vedette de la dispersion. Sous le mot savant, comprenez la discipline étudiant la vigne et plus particulièrement les cépages. C’est au terme de quinze années d’inspections et d’études sur les lieux mêmes des vignobles les plus renom-més que Victor Rendu (1809-1877), neveu d’Ambroise Rendu, un des organisateurs de l’Université sous l’Empire, publie ce beau livre consacré aux cépages de France, enrichi des planches d’Eugène Grobon (voir photo). Cinq mille cépages sont cultivés aujourd’hui dans le monde – Aligoté, Nebbiolo, Gamay, Muscat, Chardonnay, Grenache, Riesling… –, deux cents sont autorisés en France. Combien à l’époque de notre auteur ? La variété n’a pas cessé d’évoluer, depuis la naissance de la vigne, en Asie probablement, il y a des milliers d’années. Introduit par les Phéniciens d’abord en Grèce, puis en Sicile et en Italie, le raisin pénètre en Gaule par Marseille, grâce aux Phocéens. Les Romains, grands propagateurs de cépages, les comparent et tentent de les adapter à différents terroirs. Si l’histoire n’a pas retenu de noms de spécialistes de la vigne au Moyen Âge, mais celui d’Olivier de Serres pour la Renaissance, c’est au XIXe siècle que débute réellement cette science. Notamment avec la découverte de cépages américains.Qui l’eût cru ?
La Gazette Drouot N°14 - 8 avril 2011 - Claire Papon


Estimation : 800/1 000 €.
Georges Lepape, dessin original à la mine de plomb rehaussé d’aquarelle réalisé en 1953 pour un présentoir en fer forgé des établissements Nicolas. 31,5 x 22 cm.
Lundi 11 et mardi 12 avril, salle Rossini. Alde SVV. MM. Oberlé, Pimpaneau.
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp