La Gazette Drouot
Un bronze de Bugatti
Peintre de château

Il a surtout fait carrière d’illustrateur ;
pourtant, l’oeuvre peint d’Henri Girault de Nolhac nous invite en toute intimité au coeur de Versailles

Quel terrain de jeux ! Le château de Versailles, ses jardins et son parc, rien que ça. Un lieu bien différent
de celui que nous connaissons aujourd’hui... Henri, futur peintre et dessinateur, est le deuxième des sept enfants de Pierre de Nolhac, conservateur de Versailles de 1892 à 1920. La chambre du roi et la galerie des glaces sont alors parmi les rares témoins du faste de Louis XIV et les salons abritent les grandes compositions commandées par Louis Philippe... Décidé de “rendre le château au château”, Pierre de Nolhac restitue les décors anciens, retrouve dans les attiques des “chefs-d’oeuvre des XVIIe et XVIIIe siècles”, note Jean-Jacques Aillagon dans son “Versailles en 50 dates” (Albin Michel, 2011). Avec son aîné Paolo, Marie-Louise et Frédérique ses jeunes soeurs, Henri a tout le loisir d’arpenter le château des caves aux combles, de jouer à cache-cache dans les bosquets, de courir jusqu’à Trianon, rattaché au domaine durant le mandat de leur père. La famille est installée dans l’aile des Ministres sud, que l’on aperçoit derrière le portrait de sa soeur. L’ambiance est hautement culturelle, Pierre de Nolhac étant aussi un spécialiste des écrivains de la Renaissance italienne, comme en témoigne sa thèse de doctorat, Pétrarque et l’humanisme, soutenue en 1892, l’année même de sa nomination au musée de Versailles. Le jeune Henri, lui, s’inscrit à l’école des Beaux-Arts de Paris et expose régulièrement au Salon. Il puise son inspiration dans son environnement immédiat. Ainsi laisse-t-il un portrait de son père à son bureau, brossé en 1909, dont une version est conservée au musée national de Versailles, une autre figurant dans cette vacation, huile sur carton estimée quelque 300 euros, tout comme son Autoportrait, réalisé l’année suivante, où l’on voit un homme de belle prestance, à la barbe rousse. Abondent aussi les vues des salons, des bassins, des bosquets ou des perspectives du château... En 1920, Pierre de Nolhac quitte son cher palais pour le musée Jacquemart-André. Son fils épouse à la fin de cette année-là Jeanne Cottin, et s’installe dans la ville royale. Sa renommée d’illustrateur, notamment pour la presse enfantine, lui ouvre les portes des éditions du Petit Écho de la mode, pour la revue Lisette et les collections “Stella” ; à partir de 1933, il collabore aussi avec Larousse. Henri Girault de Nolhac rapporte de ses voyages dans les Pyrénées, dans la région du Puy ou à Genève des peintures et des croquis. Sa maestria du dessin, souvent rehaussé de sanguine, le fait rechercher comme portraitiste dans les milieux littéraires, politiques et diplomatiques, retenons ceux de François Mauriac en 1933, année de son élection à l’Académie française, du pape Pie XII, en 1940, et de Jules Romains en 1946, également à son entrée parmi les “immortels”. Après son décès, en 1952, des albums en fac-similé seront publiés, hommages posthumes à un peintre et dessinateur qui ne chercha jamais la lumière de la reconnaissance artistique.

girault

Henri Girault de Nolhac, Marie-Louise, soeur de l’artiste, à Versailles, huile sur toile,
100 x 73 cm, détail.

QUAND ?

Mardi 11 mars 2014

OÙ ?
salle 9 - Drouot-Richelieu. Ader SVV.

COMBIEN ?
Estimation : 800/1 000 euros

girault
Henri Girault de Nolhac (1884-1948), Élizabeth de Nolhac, fille de l’artiste,
huile sur toile, 92 x 73 cm.

COMBIEN ?
Estimation : 1 000/1 200 euros
La Gazette Drouot n° 9 -7 mars 2014 - Anne Foster


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