La Gazette Drouot
Français English
Coup de coeur - La maison de Rembrandt par Hilverdink
Retour au sommaire
Une visite chez Rembrandt
Avis ! La maison de Rembrandt à Amsterdam est en vente à Mayenne.
Petit tour du propriétaire.
Adjugé 32 000 euros sans les frais.
Edouard Alexander Hilverdink (1846-1891), Amsterdam : la maison de Rembrandt,
sur sa toile d’origine,
87 x 71 cm.
Mayenne, 11 mars 2007. Pascal Blouët SVV.
Cabinet Turquin, Mauduit, Étienne et Duchemin.
Chaque siècle tient à honorer le maître incontesté de la peinture hollandaise du XVIIe.
Si cette année 2006 célèbre le troisième centenaire de sa naissance, le XIXe lui rendait déjà hommage, avec des artistes comme Edouard Alexander Hilverdink. Vers 1875-1877, celui-ci peint deux vues pittoresques d’Amsterdam pour l’ambassadeur de France aux Pays-Bas. L’une décrit le canal Singel, avec la tour de la Monnaie, et la seconde, qui reprend une célèbre composition aujourd’hui exposée au Rijkmuseum, représente la maison de Rembrandt, dans la Jodenstraat. Rappelons qu’au début du XVIIe, enrichis par le commerce des céréales de la Baltique et des denrées coloniales des Amériques, les marchands amstelldamois font construire les fameuses maisons patriciennes le long des canaux d’Herengracht, de Keizersgracht et de Prinsengracht. En 1631, Rembrandt, âgé de vingt-cinq ans, quitte Leyde pour Amsterdam, où les possibilités de travail sont plus nombreuses. Le peintre loge d’abord chez le marchand Hendrick Van Uylenburch. Il y tombe vite amoureux de Saskia, une parente de son protecteur qu’il épouse trois ans plus tard. Le peintre veut alors disposer, à l’exemple de Rubens à Anvers, d’un riche logis. Aussi achète-t-il en 1639 une superbe demeure à Christoffel Thijs, un descendant du vendeur auprès de qui Rubens avait acquis sa belle propriété. Pour l’obtenir, il doit toutefois emprunter la somme faramineuse de 13 000 florins ! Achevée en 1606, la belle maison patricienne, située au n° 4 de la Sint Anthonies Breestraat, surnommée «rue des Juifs» (Jodenstraat), arbore une haute façade de briques rouges, comporte deux niveaux nobles ouverts sur la rue par de vastes fenêtres. La maison mitoyenne est occupée par un riche commerçant d’origine portugaise, Daniel Pinto, à qui Rembrandt loue sa cave pour entreposer du tabac. Ce quartier de la Breestraat, refuge huguenot et séfarade, véritable carrefour de toutes les routes commerciales et intellectuelles, s’avère surtout un fécond lieu de travail pour Rembrandt. Il peint là de grands chefs-d’oeuvre, telle La Ronde de Nuit en 1642. C’est ici encore que naît son fils Titus et où meurt, malheureusement, Saskia. Au premier étage, se trouve une salle spacieuse, nommée dans l’inventaire «la grande chambre du peintre». Dans cette pièce, apprentis et collaborateurs se perfectionnent, produisant des copies d’oeuvres pour le compte de leur maître. À côté, plus modeste, la petite chambre du peintre permet à Rembrandt de travailler plus au calme. Ce collectionneur passionné remplit encore son cabinet d’objets rares et précieux, servant de modèles pour ses oeuvres.
Les pièces du rez-de-chaussée sont quant à elles transformées en une véritable galerie d’art, avec peintures et gravures aux cimaises. Mais, Rembrandt, qui vit bien au-dessus de ses moyens, fait banqueroute et, en 1656, vend la maison qu’il n’a pas encore payée pour habiter un logement plus modeste, sur le Rozengracht. Deux siècles et demi plus tard, Hilverdink la peint, s’attardant comme Rembrandt à décrire les petits métiers de la rue, si hauts en couleur. Réaménagée en 1998, la demeure, qui a retrouvé son aspect du XVIIe, abrite désormais un musée où sont présentées plus de deux cents gravures de l’artiste.
Chantal Humbert