La Gazette Drouot
Un buffet du Pays Basque
Terre d’élection

Il en impose, notre buffet ! Bien charpenté, il se fait aussi remarquer par ses motifs sculptés et le panorama de Saint-Jean-de-Luz. L’utile et l’agréable réunis...

Qu’ils en soient originaires ou non, les écrivains sont dithyrambiques quand ils parlent du Pays basque. Francis Jammes, qui passa une partie de sa jeunesse à Pau et revint s’installer à Hasparren, s’en fit le chantre dans Le Mariage basque ; Pierre Benoit, retiré à Ciboure, consacra lui aussi, en 1954, un ouvrage à cette terre d’élection. Julien Viaud, plus connu sous le nom de Pierre Loti, devait également tomber sous le charme de la région. Installé à Hendaye, il adopte le béret, joue à la pelote, fréquente des contrebandiers – que sa fonction de commandant de canonnière lui conseillerait plutôt de pourchasser. Fasciné par la “race basque” et désireux d’y mêler son sang, notre homme, marié et père de famille, sut séduire une jeune autochtone qu’il installa discrètement à Rochefort, où il lui rendait régulièrement visite ainsi qu’à leurs trois fils. Joseph Peyré, journaliste et écrivain natif des Pyrénées-Atlantiques, rappelle dans Le Pont des sorts (1959) la vocation maritime de la côte basque. Il y célèbre notamment le passé de pêcheurs de baleines... C’est au IXe siècle que s’organise cette chasse mythique. À la fin du Moyen Âge, les cétacés se raréfiant, les pêcheurs partent les traquer dans le grand nord. Au XVIIIe siècle, la pêche à la morue, tendant à son tour à disparaître, est remplacée par celle de la sardine, puis, dans les années 1950, du thon. Inutile de chercher sur notre toile une pinaza, cette barque baleinière de près de dix mètres de long à la silhouette effilée, légère et maniable, avec laquelle les pêcheurs luziens connurent une belle réputation et la cité, sa prospérité. Aujourd’hui, comme nous le montre Pierre Labrouche, ce port de pêche construit au XIIe siècle, lorsque l’ensablement de l’Adour réduisit l’activité de celui de Bayonne, est bien à l’abri dans une baie fermée par des digues. Ses pittoresques bateaux peints de couleurs vives ne craignent rien. De la ville historique, il ne reste qu’une partie, le reste ayant été englouti lors de tempêtes aux XVIIe et XVIIIe siècles. Mais, parmi ses vestiges, Saint-Jean-de-Luz peut s’enorgueillir d’une demeure Louis XIV (Lohobiague, du nom de l’armateur qui la fit élever en 1643), à tourelles, encorbellements et balcons de fer forgé, où le jeune roi séjourna lors de son mariage, en juin 1660.

miniature
Estimation : 15 000/20 000 euros.
Buffet deux corps en chêne à décor de coquilles, éventails, virgules, arbre de vie, roues, joueur de pelote et femme
à la coupe, vers 1930, huile sur toile (98 x 177 cm) de Pierre Labrouche (1876-1956), Le Port de Saint-Jean-de-Luz, 239 x 300 x 57 cm.

Lundi 10 décembre, salle 1 - Drouot-Richelieu.
Mathias SVV, Baron - Ribeyre & Associés SVV, Farrando - Lemoine SVV. M. Chanoit.
La Granga Baïta, elle, accueillit Napoléon, puis le duc de Wellington en 1814, tandis que l’église Saint-Jean-Baptiste a vu se dérouler la cérémonie de mariage du Roi-Soleil avec l’infante Marie-Thérèse d’Autriche ; construit par Johannot de Haranéder, armateur fortuné, le bel édifice à façade rosée qui occupe le centre de notre toile logea pour l’occasion Anne d’Autriche et l’infante Marie-Thérèse... Né à Bayonne, Pierre Labrouche exposa au salon de la Société nationale des beaux-arts, de 1905 à 1914 puis en 1921, des paysages pleins de rigueur et d’harmonie, ainsi que des tableaux d’architecture. Si sa région natale tient une place particulière dans son oeuvre, ce subtil coloriste laisse aussi des vues d’Italie, d’Espagne, du Maroc et d’Algérie, ainsi que des gravures. En 1948, il est nommé conservateur du musée Bonnat, à Bayonne. Bien évidemment, notre meuble réalisé pour une villa du Pays basque illustre parfaitement le style régional : des lignes droites et sobres, une largeur inaccoutumée, une corniche rectiligne, des motifs décoratifs – virgules, rosaces, éventails, roues symbolisant le soleil – typiques. Le buffet vaisselier, véritable emblème du Pays basque, s’enrichit ici d’une devise qui en dit long sur l’âme basque : “Que le souvenir des heures passées ici vous soit agréable”...
La Gazette Drouot n° 43 -7 décembre 2012- Claire Papon


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