La Gazette Drouot
Le monde selon Atget
À PARIS / Le monde selon Atget

Sous l’oeil sensible du photographe, le Paris des années 1900 se révèle insolite et attachant.
La preuve par l’image, avec la collection Yvan Christ.

Le Paris d’Eugène Atget ne cesse de nous surprendre. «Photographe des êtres et des choses de Paris, Atget a réussi à les éterniser – sans souci des doctrines esthétiques, littéraires ou philosophiques mais en faisant surgir l’insolite du banal, en domptant instinctivement la surréalité ambiante à partir de la réalité quotidienne, que son coeur devinait, que son âme discernait, que son oeil remodelait», écrit Yvan Christ (1919-1998) dans Le Paris d’Atget. Journaliste, critique d’art, spécialiste d’histoire architecturale, auteur d’ouvrages de référence sur notre photographe, Yvan Christ a aussi collectionné ses clichés durant quarante ans, conservés jusqu’à aujourd’hui par sa famille... Né à Libourne dans une famille modeste, élevé par ses grands-parents à Bordeaux, Atget s’installe à Paris en 1878 dans l’espoir de devenir acteur. Sans succès. Rattrapé par ses obligations militaires, le jeune homme est même exclu de son cours. Qu’à cela ne tienne, il entame une carrière d’acteur ambulant, qu’il abandonne après une affection à la gorge. En 1888, il se lance alors dans la peinture et la photographie. C’est cette dernière qu’il choisit définitivement, deux ans plus tard. Jusqu’en 1912, il se déclarera pourtant «artiste dramatique» et donnera des conférences sur le théâtre, avant d’opter pour le titre d’»auteur-éditeur d’un recueil photographique du Vieux Paris». Jour après jour et trente années durant, Atget parcourt les rues de la capitale et de ses environs. Mais, à la différence de ses prédécesseurs Henri Le Secq ou Charles Marville, qui répondent à des commandes de l’administration Haussmann et immortalisent les transformations de la capitale, ou de son contemporain Paul Géniaux, Atget fait oeuvre de documentariste. Il photographie les quartiers anciens, décrit la vie quotidienne, saisit les petits métiers et les réjouissances populaires. Son Paris est poétique, insolite et mystérieux. Habitué à travailler pour les architectes et les peintres, ce travailleur solitaire – il s’exprimait peu sur son art – s’attarde sur les détails de l’architecture ancienne, une devanture, les reflets dans une vitrine, les escaliers, la cour d’un hôtel particulier. Soit plus de 10 000 images, dont les deux tiers sur Paris.
Réalisées à partir de 1898, ses photos des petits métiers – cardeurs de matelas, tondeurs de chiens, goudronneurs ou paveurs de rue, dont cette vente nous offre un rare éventail – laissent la place quelques années plus tard à un «travail sur le Vieux Paris, méticuleux, objectif, organisé, comparable à celui d’un historien», nous explique avec enthousiasme Guillaume Le Gall, maître de conférences à la Sorbonne et autre grand spécialisted’Eugène Atget. Exceptionnelles également sous le marteau, ses scènes de bateaux-mouches, de manèges ou de 14 Juillet, qu’Atget saisit de dos, les acteurs indifférents à son objectif. «Atget n’a pas fait école, mais il fut proche des surréalistes. Il a influencé Berenice Abbott et hypnotisé Man Ray, dont il fut le voisin et l’ami. Il y a chez lui un côté humain et une poésie parfaitement illustrés ici», nous précise Viviane Esders, l’expert de la vente. Difficile d’avoir meilleure ambassadrice...

photographie

Eugène Atget (1857-1927), St Séverin, 1899, tirage albuminé d’époque légendé
et numéroté «3689» par l’auteur, 21,7 x 17,5 cm.


QUAND ?
Mardi 10 novembre 2015


OÙ ?
Salle 6 - Drouot-Richelieu.
Yann Le Mouel SVV. Mme Esders.


COMBIEN ?
Estimation : 3 000/5 000 euros

photographie
Eugène Atget, 14 juillet dans le quartier Mouffetard, vers 1899, tirage albuminé d’époque,
numéroté «3247» par l’auteur,
21,8 x 18 cm.

COMBIEN ?
Estimation : 4  000/6 000 euros

La Gazette Drouot n° 38 du vendredi 6 novembre 2015 - Claire Papon


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