La Gazette Drouot
Prodige de l'horlogerie
Prodige de l’horlogerie

Le temps n’a pas de prix, on le sait, mais prenons celui d’être ébloui par une pendule en tous points révolutionnaire. À l’heure républicaine.

D’ingénieuses et multiples inventions ont affiné le mécanisme des horloges et des pendules, leurs heures de gloire s’étant écoulées tout au long du XVIIIe siècle. Il s’agissait de répondre au goût des nobles et des bourgeois, tous curieux de nouveautés techniques, comme le cadran décimal. Rompant avec les traditions de l’Ancien Régime, la Convention supprime le calendrier grégorien en 1793. La démarche se voulant citoyenne, les jours, les mois et les années deviennent républicains. Fabre d’Églantine, secrétaire de Danton, renomme les mois en référence aux moments de la vie rurale : le printemps commence avec Germinal, le mois de la germination, se poursuit en Floréal, le mois fleuri, et s’achève en Prairial, le joli mois des prairies. De son côté, le mathématicien Gilbert Romme conçoit un nouveau calendrier, fondé sur le système décimal : appelée “décade”, la semaine compte dix jours. Trois décades composent un mois et l’année consiste en douze mois de trente jours ; quant aux cinq jours en surcroît, ils servent à célébrer les fêtes républicaines. La journée elle-même est désormais aménagée en dix heures de cent minutes. Un concours est instauré pour mettre sur pied les nouveaux cadrans décimaux égrenant le temps républicain. Notre pendule, conçue dans les dernières années du XVIIIe, s’anime ainsi de trois cadrans, celui du centre indiquant les heures et les quantièmes en chiffres arabes ainsi que les mois en calendrier révolutionnaire. Proposée “dans son jus”, elle épouse la forme squelette, bien à même de pourfendre la surcharge décorative des pendules des styles Louis XV et Louis XVI. Proche de modèles conservés aux musées des Arts décoratifs, à Paris, et François Duesberg, à Mons, elle offre au regard de tous la complexité d’un mécanisme des plus perfectionnés, signé Noël Bourret (1755-1803). Fils d’un aubergiste héraultais, ce dernier se fait vite un nom dans l’horlogerie à Paris, où il collabore avec des bronziers réputés, tel Pierre-Philippe Thomire. Ses premières créations illustrent la verve naturaliste et antiquisante des années 1780. Tenant ensuite boutique au Palais Royal, Bourret compte parmi sa clientèle aussi bien des aristocrates, comme le baron Coste d’Espagnac, que des conventionnels, parmi lesquels Merlin de Thionville. Bénéficiant d’un renom international, Noël Bourret fournira encore en horlogerie, sous le Directoire, le duc de Mirepoix en poste à Saint-Pétersbourg. Notre pendule est juchée sur une base parée d’une frise clodionesque s’avivant de putti facétieux. Sa silhouette s’embellit de fleurettes, de feuillages et de cornes d’abondance stylisées, peintes sur émail dans le goût de Coteau. Les amoureux de la mécanique de précision seront encore comblés par le troisième cadran inférieur. Suspendu à une arche, il signale agréablement les saisons : les épis de blé évoquent l’été, tandis que le pot à feu annonce les frimas de l’hiver. Couronnant cette splendeur, l’âge de la Lune s’affiche pour nous mener la tête dans les étoiles. Le chef d’orchestre de cette merveille ? La prouesse technique...

photographie

Rare pendule à mouvement dit “squelette” en bronze ciselé et doré, marbre blanc et marbre noir, signée Bourret à Paris, vers 1796-1803, 54,5 x 29,5 x 15 cm.

QUAND ?
Dimanche 10 novembre.

OÙ ?
Nice. Hôtel des ventes Nice Riviéra SVV.

COMBIEN ?
Estimation : 20 000/30 000 euros.

La Gazette Drouot n° 36 - 25 octobre 2013- Chantal Humbert


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