La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Une toile de Pierre-antoine Lemoine
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À la mode romaine
Peintre encore méconnu, l’atypique Pierre-Antoine Lemoine mérite d’être
plus amplement mis en lumière. À découvrir sans plus attendre !
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Adjugé 147 425 euros frais compris
Pierre-Antoine Lemoine (vers 1605-1665), Raisins, plat de pêches et vase à décor chinois sur un entablement de pierre,
sur sa toile d’origine, 50 x 61 cm, signé en bas sur l’entablement.
Annonay, samedi 10 novembre.
Ardèche Enchères SVV. Cabinet Turquin.

Le XVIIe est sans conteste le siècle d’or de la nature morte. Dépassant les frontières des Pays-Bas, le genre s’impose dans toute l’Europe, notamment en France.
Parmi les artistes de cette époque, un nom semble depuis quelque temps sortir de l’oubli, celui de Pierre-Antoine Lemoine. En 1974, dans son Grand Siècle de la nature morte en France, le XVIIe, Michel Faré attira le premier l’attention sur Lemoine.
On y apprend qu’en 1656, deux ans après l’accession de Lemoine, l’Académie cherchait à obtenir des logements au Louvre. Pour s’attirer les faveurs du cardinal de Mazarin, l’institution choisit le morceau de réception de notre peintre, les Grappes de raisins, figues et grenades sur un entablement. Quel plus bel hommage que celui de ses pairs ? Signe du destin, cette même toile permit la redécouverte de Pierre-Antoine Lemoine, lors d’une vente à Drouot, en 1992 (Mes Ader et Tajan).
Depuis, seule une autre oeuvre signée a fait surface, recensée par la galerie Aaron en 2002 et permettant toutefois de mieux dessiner les contours d’une production atypique pour l’époque. Dévoilée dans son jus, notre toile se présente comme un nouveau morceau du puzzle. Elle se compose d’une table garnie à profusion de fruits, de feuilles et d’une porcelaine, les éléments semblant projetés vers l’avant pour s’imposer au regard du spectateur. Une densité qui se démarque de la plupart des natures mortes françaises. Autre originalité, le traitement naturaliste de la représentation : les raisins, “plus vrais que nature”, exposent une peau translucide, des couleurs variées et, pour certains, arborent les outrages du temps. Au final, une manière bien plus romaine que parisienne, dont Le Caravage fut le maître, quelques décennies plus tôt, puis, à l’époque de Lemoine, Cerquozzi. Lemoine se présente comme leur digne héritier, adoptant le trompe-l’oeil.
Les éléments de cette composition – raisins, pêches, les figues ou melon ouvert, mais aussi le vase pansu à décor chinois blanc-bleu –, sont ainsi choisis pour leurs effets décoratifs. Mais, à leur capacité à retenir la lumière et aux couleurs, s’ajoute le traitement illusionniste du peintre. Le sens symbolique de cette nature morte ne semble pas vouloir aller au-delà, même si l’on sait que dans les natures mortes antérieures l’association du raisin et des pêches n’a rien de fortuit.
Ces deux fruits sont des modèles privilégiés, notamment par Jacques Linard. Mais, à la différence de Lemoine, ce dernier s’intéresse plutôt aux allégories des cinq sens et à la représentation des vanités. La pêche symbolise le péché originel de l’ancien testament, le raisin renvoyant pour sa part à la Passion. Quoi qu’il en soit, avec Pierre-Antoine Lemoine, la nature morte française ajoutait à ses lettres de noblesse une note de fantaisie, ce petit supplément de vie.
Caroline Legrand