La Gazette Drouot
Une toile de Maria Elena Vieira da Silva
De prodigieux coups de blues.

Interprétant une harmonie de couleurs azurines, Maria Elena Vieira da Silva compose ici une symphonie éblouissante. À ne pas rater !

Enfant unique d’une famille cosmopolite, elle suit des cours de modelage à Lisbonne, sa ville natale.
Quittant le Portugal en 1928 pour la France, Maria Elena Vieira da Silva se perfectionne auprès d’Antoine Bourdelle et de Charles Despiau. Pourtant, elle abandonne définitivement la sculpture au profit de la peinture, mais son oeuvre restera marquée par la poursuite d’un espace, reconstruit en deux dimensions. Dans l’effervescence du Paris de Montparnasse, Maria Elena épouse, en 1930, le peintre hongrois Arpad Szenes. Trois ans plus tard, la galerie Jeanne Bucher organise sa première exposition personnelle. Les oeuvres, d’abord figuratives, transcrivent des images de la réalité montrant des villes, des rues, des échafaudages, des charpentes. Animées de lignes discontinues, elles esquissent des directions multiples entraînant le spectateur dans des lacis, des réseaux de petits quadrillages géométriques.
Ce procédé, l’artiste l’aurait conçu, en 1930, après avoir observé le jeu arachnéen des cordages du pont transbordeur dans le Vieux-Port, à Marseille. Ses tableaux déploient ainsi un tramage constitué de traits, de plans morcelés et de perspectives enchevêtrées, tel le Jeu de cartes réalisé en 1937. Exilée au Brésil pendant la Seconde Guerre mondiale, elle peint ensuite “mille petits carreaux” rappelant la nappe pavée rouge de Bonnard ; ils évoquent aussi les azulejos, ces petits carreaux fabriqués en céramique embellissant le décor des maisons portugaises. L’écriture acérée saisit les lignes de force, comme le ferait un sculpteur ou un architecte, avec un rare équilibre des volumes.
Se désagrégeant pour se reconstruire, les carreaux apportent vibration et rythme à la composition.
Ils se codifient ensuite en damiers, caractéristiques du style Vieira da Silva. Après son retour à Paris, en 1947, elle entame une carrière internationale. Proche de l’abstraction lyrique, elle rencontre Zao Wou-ki, Jean-Paul Riopelle et Georges Mathieu, dont l’oeuvre s’inscrit également dans une nouvelle définition de l’espace. La ligne restant l’une des clefs de lecture de son art, Maria Elena Vieira da Silva s’intéresse à la perspective, “Comme thème de l’espace, comme thème du temps, comme une manière de faire respirer le tableau”... Vide de présence humaine, celui-ci met en scène un espace labyrinthique aux résonances musicales parfois fantastiques. Abstrait, il porte toutefois un titre qui fait référence au monde réel, à l’instar de notre toile intitulée Mars suspendu ou Chandeleur. Achetée au Portugal dans les années 1970, elle était restée dans la descendance du collectionneur. La composition intensément graphique s’avive de couches successives et transparentes, modelant l’espace comme une sculpture. Le bleu et le blanc, en éclats colorés et riches de nuances, orchestrent un hymne nostalgique au froid et à la neige, avant l’éclosion du printemps. Bien ordonnancés, ils nous mènent dans l’univers du blues, voisin de la saudade portugaise.
En quête d’infini...
revue

Maria Elena Vieira da Silva (1908-1992),
Mars suspendu ou Chandeleur, 1969,
huile sur toile, 97 x 130 cm.

QUAND ?

Lundi 10 juin 2013

OÙ ?
Lyon, Chenu - Bérard - Péron SVV.
M. Houg.


COMBIEN ?
Estimation : ?180 000 /220 000 euros.

La Gazette Drouot n° 21 - 31 mai 2013 - Chantal Humbert


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