La Gazette Drouot
Panneau religieux d’un suiveur d’Agnolo Gaddi
Avec vénération

Ce magnifique panneau religieux d’un suiveur d’Agnolo Gaddi, inédit sur le marché, ne manquera
pas de combler de bonheur les amoureux des primitifs italiens

Se détachant des formules stéréotypées du gothique, la peinture florentine rompt, durant le XIVe siècle, avec la tradition stylistique médiévale. Giotto aborde la représentation spatiale à l’aide de la perspective. Il introduit un dégradé dans les tonalités, exalte le souci de la ligne, met l’accent sur le traitement des chairs et, pour la première fois, le modelé se révèle. Expérimentant les effets lumineux, ce rénovateur utilise une gamme de couleurs réduite et impose déjà un humanisme antiquisant. Agnolo Gaddi, issu d’une famille de mosaïstes florentins, saura retenir les leçons de Giotto. Formé dans l’atelier paternel, il a participé à des fresques murales pour diverses églises toscanes. Ainsi, il en a réalisé huit entre 1380 et 1390 à l’église Santa Croce de Florence, illustrant la Légende de la Croix. Adroitement peintes, elles lui valurent succès et réputation. Deux ans plus tard, à la cathédrale de Prato, Gaddi décore une chapelle dédiée à la Sainte Ceinture. Elle rappelle l’histoire de cette relique de la Vierge Marie, qu’un marchand toscan rapporta de Jérusalem au XIIe siècle. À la tête d’un important atelier, l’artiste s’entoure de collaborateurs, tel le Maître de la chapelle Manassei, qui transcrit des scènes tirées des vies de sainte Marguerite et de saint Jacques. La physionomie et le graphisme appuyé de ces personnages se retrouvent dans les figures des deux saints patrons que le commanditaire a fait représenter sur ce panneau de dévotion. Proposé dans son jus, celui-ci a été fortuitement découvert, l’an dernier, dans la cage d’escalier d’un château, lors d’une succession régionale. Le format tout en hauteur contribue au resserrement de la scène ; les coloris éclatants, l’exécution fine et virtuose soulignent un métier sûr et brillant. Outre le crucifix à la main, François d’Assise se reconnaît au premier coup d’oeil par la plaie au côté et, surtout, par les stigmates de la main d’où jaillissent des rayons de lumière, ainsi plus visibles. À droite, Julien l’Hospitalier s’appuie sur son attribut, une grande épée sarrasine évoquant son parricide involontaire. La splendide Vierge à l’Enfant, placée au coeur du panneau, suscite un sentiment de douceur ineffable. Revêtue du manteau bleu et d’une robe blanche à motifs dorés, elle trône devant un somptueux dais brodé de fleurons, qui domine les deux saints. Sans emphase, comme le fait toute jeune mère, Marie tient Jésus sur ses genoux. Bénissant de la main droite, il serre dans la gauche un oiseau, probablement un chardonneret, symbole de son sacrifice futur. On retrouve là l’iconographie d’une madone à l’enfant peinte par Agnolo Gaddi au palais Bacchino, à Prato. Exquise de délicatesse, elle dévoile les qualités de l’artiste, unissant noblesse et simplicité, naturel et idéal. La puissance plastique des personnages se lit encore dans la simplification des drapés souples, dans la sobriété des gestes et des visages pleins de mansuétude. Dégageant de réelles qualités poétiques, notre panneau apporte aux personnages religieux une humanité et une réalité bien charnelle, loin de l’impassible hiératisme byzantin.

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École florentine, vers 1395-1400, suiveur d’Agnolo Gaddi (vers 1345-1396),
Vierge à l’Enfant entourée de saint François et de saint Julien, peinture à l’oeuf et fond d’or, une planche, panneau renforcé, 72 x 41 cm.

QUAND ?
Jeudi 10 avril 2014

OÙ ?
Brest, Thierry - Lannon & Associés SVV. Cabinet Turquin

COMBIEN ?
Estimation : 8000/10000 euros

La Gazette Drouot n°12 du vendredi 28 mars 2014-Chantal Humbert


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