La Gazette Drouot
Un dessin d'architecte
À PARIS / Rue Royale

Pierre Contant d’Ivry était aussi bon dessinateur qu’architecte, en témoigne son projet imaginé pour une artère promise à un avenir royal, même sous la République

Ce panorama a un air familier pour les Parisiens. Il s’agit en effet de la rue Royale, mais telle qu’elle ne sera jamais réalisée dans les détails de son aménagement. Ce projet a été exécuté vers 1753, une époque où de grands travaux d’urbanisme et d’architecture sont réalisés à la périphérie de la capitale. Louis XV se refuse par contre à faire éventrer les vieux quartiers d’un Paris encore grandement médiéval, malgré certaines critiques. En 1749, dans Embellissements de Paris, Voltaire regrette que la colonnade du Louvre, «monument de grandeur de Louis XIV, du zèle de Colbert, et du génie de Perrault», soit «cachée par des bâtiments de Goths et de Vandales». Il faudra attendre cependant une centaine d’années pour qu’un certain baron Haussmann tranche dans le vif du sujet... En attendant, le souverain veille à l’aménagement de l’École militaire, la place de l’Étoile ou encore celle qui portera son nom, aujourd’hui place de la Concorde.
En 1748, cette dernière n’est qu’une esplanade de terre battue. Cette année-là, la ville de Paris décide l’érection d’une statue équestre du «Bien-Aimé», afin de fêter son rétablissement après la maladie qu’il avait contractée à Metz, quatre ans plus tôt.
Un concours est lancé, auquel répondent dix-neuf architectes, dont l’auteur de notre dessin, Pierre Contant d’Ivry. Il a été l’élève d’Antoine Watteau et de Nicolas Dulin avant d’obtenir, en 1728, le titre d’architecte du roi qui lui permet de répondre aux commandes des grands du royaume. Il va notamment travailler pour le marquis de Gouffier au domaine d’Heilly, à celui de Stors, pour le prince de Bourbon-Conti, et pour le maréchal de Belle-Isle à Bizy. La réputation de «petit Versailles» de ce dernier lui apporte comme client un proche de la famille royale, le comte Louis de Taralu, pour lequel il réaménage le domaine de Chamarande. Pierre Contant d’Ivry excelle ainsi dans l’art du jardin et la gestion des problèmes hydrauliques afférents.
À un point tel, que Jacques-Ange Gabriel, premier architecte du roi et vainqueur du concours de l’aménagement de la place, reprendra pourtant l’une des principales caractéristiques de son projet, le creusement de fossés avec balustrades, destinés à drainer le terrain. Notre feuille concerne plus précisément l’intersection de la rue Royale avec la fin de la rue Saint-Honoré et le début de celle du Faubourg-Saint-Honoré. Dans les angles à pans coupés des immeubles, Contant d’Ivry a placé des fontaines à fronton abritant chacune une statue, une cinquième marquant le centre du carrefour. On aperçoit dans le lointain celle de Louis XV, la perspective grouillant d’une animation aussi variée que charmante, qui témoigne des qualités de dessinateur de notre bâtisseur également réputé comme ornemaniste. Certains de ses projets figureront d’ailleurs dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Le 21 mai 1896, notre composition figurait dans la vente de la collection de dessins et tableaux de l’architecte Gabriel Hippolyte Destailleur, dont une partie du fonds se trouve à la Kunstbibliothek de Berlin et une autre, au Cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale...

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Pierre Contant d’Ivry (1698-1777), Projet d’aménagement rue Royale, au carrefour avec la rue du Faubourg Saint Honoré, la place Louis XV dans le fond, vers 1753, aquarelle, plume et encre noire, 49 x 93,8 cm.

QUAND ?
Mercredi 9 décembre 2015



OÙ ?
Salle 10 - Drouot-Richelieu.
Daguerre SVV. MM. de Bayser.


COMBIEN ?
Estimation : 8 000/12 000 euros

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Détail
La Gazette Drouot n° 42 du vendredi 4 décembre 2015 -Sylvain Alliod


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