Coup de coeur - Nature morte de Jacob van Hulsdonck
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| Faites bombance ! |
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Avant-goût des agapes de fin d’année, une succulente table sera bientôt en vente à Lyon.
À consommer sans modération !
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Adjugé 373 000 € frais inclus.
Jacob van Hulsdonck (1582-1647),
Nature morte au déjeuner gras, panneau de chêne renforcé, 72 x 104 cm.
Lyon, dimanche 9 décembre.
Anaf Arts Auction SVV.
Cabinet Turquin.
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Métaphore morale ou religieuse, la peinture de natures mortes devient au XVIIe siècle la spécialité flamande par excellence. Une clientèle aisée se délecte alors d’amples bouquets de fleurs, de riches corbeilles de fruits et de prodigieuses tables infailliblement dressées, comme notre savoureux déjeuner. Avant d’appartenir aux héritiers des Fontaine Flament, ce tableau aurait été acquis au XIXe lors des ventes des collections du cardinal Fesch, selon une tradition familiale. Né à Anvers, son auteur est un contemporain de Rubens.
Ayant rejoint à Middlebourg Ambrosius Bosschaert, émigré pour raison religieuse, Jacob van Hulsdonck s’y forme à l’art de la nature morte. De retour dans sa ville natale, il entre en 1608 dans la guilde des peintres et poursuivra une brillante carrière jusqu’à son dernier souffle, à l’âge de soixante-cinq ans. À la tête d’un atelier, notre artiste a orchestré moult vases de fleurs, corbeilles de fruits et amoncellements de victuailles dans d’éblouissantes compositions. Tout comme les précurseurs de la nature morte flamande, Bosschaert mais aussi Osias Beert, van Hulsdonck avant tout dessine, avec une précision sans faille. Ses oeuvres sont aussi peintes dans un esprit de fidélité au réel, en témoigne notre déjeuner. Vus de haut, les objets envahissent la quasi-totalité de la surface. Les verres, l’argenterie et la vaisselle en porcelaine chinoise révèlent le raffinement du maître de maison, témoignant des arts de la table en Flandres au XVIIe.
Parfait dérivé de la Cène et des Noces de Cana, notre déjeuner roboratif est justement dit "gras", reflétant l’abondance retrouvée après les privations imposées par le carême. Savamment agencés et reliés par des rythmes colorés, les aliments font l’éloge du goût. De part et d’autre, un verre renversé symbole de la fragilité humaine et un morceau de fromage entamé, mets de jeûne par excellence selon les conceptions protestantes. Placés en retrait, ils sont rejetés de la nappe pour mieux inviter le spectateur au banquet pascal. Bien sûr, sous les grappes de raisins et le pain se camoufle la figure du Christ. De même, la découpe si particulière du poisson, au premier plan, dévoile aussi un emblème christique, annonçant les plats de résistance : toute l’attention se porte effectivement sur les gigots d’agneau et le jambon bien dodu, gaillardement étalés au coeur du tableau.
Bref, le traditionnel festin de Pâques, qui, dans la religion chrétienne, met fin à la période de jeûne. Une belle lumière diffuse, tout étrangère aux effets caravagesques, illumine la représentation. Réalisme, composition élaborée, langage codé exprimant une vision du monde, sans omettre un pedigree prestigieux...
Des ingrédients de choix pour une symphonie gourmande, qui devrait éveiller les papilles de nombreux amateurs et des collectionneurs. Un bon conseil : festoyons sans complexes ! |
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| Chantal Humbert |
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