La Gazette Drouot
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Coup de coeur - Une nativité napolitaine du XIVe siècle
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Une nativité napolitaine
Un prodigieux panneau gothique célèbre Noël avant l’heure, dans une vente provençale. Attention, chef-d’oeuvre !

Adjugé 542 860 € frais compris.
Le maître des Tempere Francescane
(actif à Naples entre 1336-1355), Nativité et Annonce aux bergers,
volet droit de diptyque portable, peinture à l’oeuf et fond d’or sur panneau,
31,5 x 23 cm avec le cadre.
Aix-en-Provence, samedi 9 décembre 2006.
Aix Enchères SVV.
Cabinet Turquin-Mauduit et Étienne.

Le royaume de Naples atteint son apogée sous Robert d’Anjou, de 1309 à 1343. Devenu le prince le plus puissant d’Italie, celui-ci fait de Naples un important centre commercial, mais aussi intellectuel. La ville accueille durant douze ans l’humaniste Boccace, puis le grand Pétrarque. Sont également appelés à la cour les plus grands artistes du temps, comme Pietro Cavallini et Simone Martini, dont l’art influencera durablement la peinture napolitaine. L’ordre franciscain, fondé au début du XIIIe par François d’Assise, ne cesse de s’implanter à Naples. Robert Ier doit sa couronne à son aîné, Louis d’Anjou, entré en 1296 dans l’ordre de saint François. En mémoire de ce frère canonisé, il fait édifier son oeuvre maîtresse : l’église et le couvent de Santa Chiara. Pour les décorer, il invite, de 1329 à 1333, le peintre Giotto, accompagné d’une partie de son atelier. C’est dans cette effervescence culturelle qu’il faut replacer notre tableau, représentant la Nativité et l’Annonce aux bergers, telles que les a rapportées l’apôtre Luc dans son évangile. L’iconographie reprend le schéma byzantin, diffusé en Italie depuis le haut Moyen Âge. L’Enfant Jésus, ligoté dans d’étroits bandages, repose sur un berceau-autel, évoquant le sacrifice d’Isaac et l’oblation future du Christ. De même, saint Joseph, vieillard à tête chauve et à barbe blanche, apparaît conforme à l’art médiéval. En revanche, la Vierge Marie, elle, porte le costume de l’ordre franciscain des clarisses. Elle est en effet revêtue du manteau cape, du voile court et arbore la cordelière à trois noeuds, attributs symbolisant les voeux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance des disciples de sainte Claire. On retrouve cette représentation spécifique de Marie dans une Crucifixion peinte a tempera sur toile, vers 1336, pour Santa Chiara. Cette commande des souverains angevins est l’oeuvre d’un artiste anonyme, nommé par convention El Maestro delle Tempere Francescane et travaillant dans le milieu royal franciscain. On lui attribue aussi le petit diptyque d’Ansouis, notamment inspiré de la pauvreté et de la pureté franciscaines et aujourd’hui conservé au Getty Museum de Los Angeles. Les volets de celui-ci, décrivant les Stigmates de saint François et Valérien et Cécile couronnés par un ange, présentent des points communs avec notre panneau. Les personnages pareillement longilignes revêtent des habits aux plis analogues. Ils sont entourés d’animaux stylisés de la même manière. Auréolant les scènes religieuses, les anges présentent aussi une identique silhouette stéréotypée. Tous ces critères permettent d’établir que ces oeuvres, dont notre Nativité proposée en bon état, ont été réalisées vers 1345 dans le même atelier napolitain. La grotte figurée au second plan rappelle que la tradition attribue à François d’Assise la première crèche, mise en scène à la Noël 1223, dans le village de Grecchio. Une «installation» qui s’est vite répandue en Italie, notamment à Naples, où ces crèches accompagnées de leurs santons ont su conserver un charme incomparable...
Chantal Humbert