La Gazette Drouot
Un portrait de Roslin
Une pièce souveraine

Les amateurs inaugureront Paris Tableau à Saintes, grâce à cette oeuvre du plus français des peintres suédois. Le baron de Ville-d’Avray, premier maire de Versailles, se fait tirer le portrait...

Le siècle des Lumières a produit une galerie de portraits des plus magnifiques. Effigies de cour ou domestiques, réalistes ou imaginaires, simplement décoratives ou intensément réalistes : la représentation sociale se voit élevée au rang d’oeuvre d’art. Des peintres en font une spécialité, comme Alexandre Roslin, salué en 2008 d’une exposition au château de Versailles. Après avoir séjourné à Bayreuth, Florence, Naples et Rome, cet artiste suédois, né à Malmö, s’établit en France à l’âge de trente-quatre ans. Protégé du premier peintre de Louis XV, François Boucher, il intègre en 1753 l’Académie royale de peinture et de sculpture. Six ans plus tard, il épouse la pastelliste Marie-Suzanne Giroust, immortalisée dans la mythique Dame au voile. Le tableau, aujourd’hui conservé au musée des beaux-arts de Stockholm, est à la Suède ce que La Joconde est à la France. Participant à tous les salons, Alexandre Roslin se taille vite une solide réputation. Adulé de la Cour, il séduira durant quatre décennies le Tout-Versailles, qui voit dans sa représentation par l’artiste un gage d’appartenir à la haute société du temps. Ses portraits, d’une technique éblouissante, exaltent la somptuosité de la parure tout en analysant avec finesse la psychologie du modèle. Ainsi de notre tableau, resté jusqu’à aujourd’hui dans la descendance du noble sujet. Marc-Antoine Thierry de Ville-d’Avray (1732-1792), issu d’une famille au service du roi depuis un demi-siècle, est nommé en 1770 colonel du régiment de Dauphin-Dragons. Il prend rapidement du galon avec l’avènement de Louis XVI, que sa mère, Marie-Madeleine Capet, avait soigné au berceau. Titré premier valet de chambre, il bénéficie de toute la confiance du monarque ; apprécié, il est fait baron de Ville-d’Avray, domaine acquis en 1775 sur lequel il fait construire un château. Une fois devenu directeur général du Garde-Meuble de la Couronne, Thierry de Ville-d’Avray réaménage complètement les principales résidences royales. En avril 1789, les syndics de Versailles le choisissent comme premier maire. Alexandre Roslin le représente justement à cette époque. Glissant sur le visage, la lumière cisèle les détails naturalistes avec une précision extraordinaire. De fines dentelles ornent le jabot, l’habit et le gilet s’embellissent de fleurs délicates, qui reproduisent les motifs favoris du style Louis XVI. Thierry de Ville-d’Avray tient de plus sous le bras un imposant chapeau à la prussienne, qu’étoffent gracieusement de légères plumes de cygne. Les teintes lumineuses, nuancées de gris perle, mettent pertinemment en exergue l’impassibilité, l’attitude noble et la gravité majestueuse du notable. Une seule note rouge est transcrite au coeur du portrait ; elle illumine la prestigieuse décoration de l’ordre de Saint-Louis, qui affiche fidélité à Louis XVI et à la monarchie. Cet attachement sera deux ans plus tard fatal à notre fringant gentilhomme. Incarcéré à la prison parisienne de l’Abbaye, il périra lors des sanglants massacres de septembre.

roslin

Alexandre Roslin (1718-1793),
Portrait du baron Thierry de Ville-d’Avray, huile sur toile, signée et datée
“peint par le Chevalier Roslin, 1790”, 73 x 60 cm.

QUAND ?
Samedi 9 novembre 2013

OÙ ?
Saintes, Abbaye-aux-Dames. Geoffroy
et Bequet SVV. Cabinet Ravon, M. Millet.

COMBIEN ?
Estimation : 18 000 /20 000 euros.

La Gazette Drouot n° 38 - 8 novembre 2013 - Chantal Humbert


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