La Gazette Drouot
Un tirage argentique de Sebastião Salgado
Regard militant

Il a longtemps couvert, en noir et blanc, les désastres humains de notre monde.
Depuis 2004, Sebastião Salgado se concentre sur les rapports de l’homme à la nature...

Le sentiment d’éternité qui se dégage de cette image est trompeur. Son sujet est inexorablement appelé à disparaître, réchauffé par la température de l’eau océanique et l’ardeur du rayonnement solaire, deux phénomènes amplifiés par la frénésie humaine... Au premier regard, cette montagne de glace semble tout droit sortie de l’imagination d’un décorateur d’Hollywood ou d’un dessinateur de bandes dessinées ; avec son arche monumentale et son bloc supérieur en forme de mastaba, il pourrait s’agir du repaire secret d’une mystérieuse civilisation. Mais, la vérité est ailleurs. Nulle intervention humaine ou extraterrestre n’est venue façonner cet iceberg. Il est un pur produit de la nature, saisi par l’objectif de Sebastião Salgado en 2005, quelque part dans l’Antarctique, entre les îles Shetland du Sud et l’île Paulet. Autant dire à mille milles de toute région habitée. Sebastião Salgado n’a pas l’oeil candide du Petit Prince : cette photographie appartient à un vaste projet, intitulé Genesis. Un travail photographique ayant pour thème “Notre planète, la nature, sa grande beauté, et ce qu’il en reste encore, à côté des nombreuses destructions causées par les activités humaines”, explique le site internet d’Amazonas images, l’agence de Salgado basée à Paris. Et de préciser : “Il s’agit de tenter d’en faire le portrait, de montrer la beauté et la grandeur des endroits encore intouchées, les paysages, la vie animale, et bien entendu les communautés humaines qui continuent à vivre selon de très anciennes cultures et traditions.” Dans ce but, l’archipel des Galapagos et les bushmen du Botswana ont notamment déjà été visités par notre intrépide photoreporter.
Né au Brésil, économiste de formation, Salgado quitte en 1973 l’Organisation internationale du café, à Londres, pour devenir photographe autodidacte en France.

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Estimation : 8 000/12 000 euros.
Sebastião Salgado (né en 1944), Iceberg, Antartica, 2005, tirage argentique d’époque, signé,
titré et daté au crayon au dos. 53,8 x 74,9 cm pour l’image, 59,8 x 89,5 cm pour la feuille.

Vendredi 9 novembre, salle 4 – Drouot Richelieu. Yann Le Mouel SVV, Mme Esders.
Il travaille pour les agences Sygma, Gamma et Magnum puis, en 1994, avec son épouse Lélia Wanick Salgado, il crée sa propre agence de presse. Ses premiers travaux – la famine au Sahel, les conditions de travail des immigrés en Europe – lui apportent une reconnaissance rapide. Un de ses reportages les plus célèbres porte sur le quotidien terrible d’une mine d’or au Brésil, celle de la Serra Pelada. Pour l’exposition “Territoire et vie”, organisée à l’automne 2005 à la Bibliothèque nationale de France, Anne Biroleau analysait ainsi son style  : “La recherche esthétique, par le souci d’équilibre et de composition qu’elle manifeste, assure une forme supérieure de lisibilité. Loin d’être un obstacle à la compréhension et à la hiérarchisation de ce foisonnement de signes qu’offre la réalité, elle permet une mise à distance, un évitement de l’émotion immédiate, de la sentimentalité si souvent pointée comme un défaut constitutif de la photographie de filiation humaniste”. Concernant ses vues de la nature, elle précise : “Salgado se situe plutôt dans la mouvance de la gravure à l’eau-forte que dans celle de l’illustration pittoresque. Il opte pour ce “sublime naturel” inventé par Kant, puissance qui nous effraie et nous rend conscients de notre contingence”. La sensibilité écologique du photographe n’est certes pas récente. En 1998, avec Lélia, il fondait au Brésil l’institut Terra, qui a pour mission la reforestation et l’éducation environnementale. Sur un domaine leur appartenant, désormais réserve naturelle, ils ont replanté la forêt atlantique disparue. De fait, l’impressionnante beauté de notre iceberg ne transpire pas la nostalgie romantique, mais invite à réfléchir à la détérioration de la relation entre l’homme et la nature.
La Gazette Drouot n° 38 - 2 novembre 2012 - Sylvain Alliod


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