La Gazette Drouot
Coup de coeur - Vincenzo Coronelli
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Neptune et les tritons
Ne comptez pas voir un tel cortège au salon nautique. Seules l’imagination
et la plume de Coronelli l’ont fait naître, pour un recueil. Et vogue la galère !
Adjugé 58970 euros frais compris.
Vincenzo Coronelli (1650-1718), Navi o vascelli, galee, galeazze, galeoni e galeotte, bucintoro..., Venise, 1697,
in-folio comprenant 72 planches gravées. Reliure d’époque de veau brun.
Paris, vendredi 9 novembre 2007, salle 15. Binoche SVV, Renaud - Giquello & Associés SVV. Mme Loeb-Larocque.
Quand il publie ce recueil, Vincenzo Coronelli, moine franciscain vénitien, docteur en théologie, cartographe, cosmographe et fabricant de globes, n’en est pas à son coup d’essai. À seulement vingt-huit ans, il livre au duc de Parme, pour sa résidence de Plaisance, deux globes de quelque 1,75 m de diamètre. En 1680, c’est le cardinal d’Estrées, ambassadeur de France à Rome, qui lui passe commande de deux sphères, l’une terrestre, l’autre céleste, pour les offrir au roi. Coronelli gagne Paris, où il séjourne deux ans, de 1681 à 1683. À la faveur de ce grand oeuvre, il a pu réunir une riche documentation, dont il se servira par la suite pour son oeuvre gravée. Quand il retrouve Venise, «plusieurs endroits de la géographie» et certaines décorations ne sont pas terminés. Fin 1683, notre homme reçoit du cardinal 46 000 livres sur un travail estimé 100 000 livres. L’histoire ne dit pas s’il sera payé en totalité... Les globes, eux, n’avaient pas fini leur périple qui les conduira à Marly, à Paris, à Versailles, avant de revenir dans la capitale. C’est la BNF qui leur sert aujourd’hui d’écrin. Impressionnants, ils le sont par les peintures réalisées pour leur décor, mais aussi par leur taille : quatre mètres de diamètre, près de deux tonnes chacun. Une prouesse technique !

Cosmographe de la Sérénissime
De retour à Venise, en novembre 1683, Coronelli doit aussi répondre aux propositions de Hollandais qui s’intéressent à son travail parisien et veulent l’utiliser pour des cartes. Impossible : rien ne doit être publié avant que le roi n’ait reçu son présent... Qu’à cela ne tienne, l’année suivante, notre savant fonde l’académie des Argonautes, première société de géographie en Europe, mais aussi précieux outil de diffusion de son oeuvre – et source de revenus. La consécration vient en 1685, quand il est nommé, par le Sénat, «Cosmographe de la Sérénissime République de Venise». Débute alors la publication de nombreuses cartes géographiques, qui orneront l’Atlante veneto, le Corso geographico, l’Isolario... En 1701 sort le premier volume (sur 35 prévus) de son grand dictionnaire, la Biblioteca universale, dont souverains et cardinaux reçoivent des exemplaires. L’homme, en effet, brigue la charge de général de l’ordre des frères mineurs conventuels... C’est chose faite le 14 mai 1701. Gloire et fortune sont là aussi. Mais la Roche tarpéienne est près du Capitole, c’est bien connu : quatre ans plus tard, soupçonné de s’être lancé dans des dépenses exagérées pour ses publications, il est suspendu de ses fonctions religieuses. Quant à son titre de cosmographe, il est on ne peut plus honorifique. Loin d’être abattu, Coronelli projette de construire des globes quatre fois plus grands que ceux de Louis XIV ! Faute de moyens, il doit abandonner, mais continue à vendre cartes et globes de son propre fonds. C’est en tant qu’ingénieur hydraulique et architecte qu’il retenait l’attention de ses concitoyens, pour d’intéressants travaux...chimériques. Mais il est des rêves bien doux à caresser !
Claire Papon
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp