La Gazette Drouot
Lampadaire Saturne de Louis Damon
EN RÉGIONS / Espace lumière

Rare et moderniste, ce lampadaire Saturne de l’éditeur Louis Damon témoigne d’un regard nouveau sur la création des luminaires. Cap sur les étoiles !

L’espace a inspiré de nombreux artistes et tout particulièrement les designers du XXe siècle. Or, quarante ans avant Yonel Lebovici et sa lampe Satellite, près de trente ans avant l’Applique Grand Saturne de Serge Mouille, Louis Damon fut un précurseur. Sans avoir connu la mise sur orbite du satellite Spoutnik en 1957, ni les premiers pas d’Armstrong sur la Lune, en 1969, ce créateur de luminaires fut parmi les premiers à tourner la tête vers les étoiles. L’astre qui attira son attention n’est autre que Saturne, septième planète la plus éloignée de la Terre, observée par Galilée en 1610. Si elle doit à sa couleur verte, de mauvais augure, d’avoir reçu le nom du cruel dieu du Temps qui dévora ses enfants, père de Zeus, ses anneaux composés de particules de glace et de poussière lui attirèrent la curiosité des artistes. Esthétique et intrigante, Saturne est un modèle idéal, notamment pour le luminaire. La spécialité connut sa révolution au début du XXe siècle, avec l’invention de l’électricité. Un domaine inexploré s’ouvre alors aux adeptes de l’art nouveau, qui introduisent de nouveaux matériaux, comme le bronze, le verre ou le fer forgé. L’art déco adoptera des formes plus géométriques et inaugurera le métal peint, l’albâtre et la laque. S’impose aussi un autre concept : le fonctionnalisme. Rien ne doit désormais entraver les rayons de la lumière. Dans la lignée des créations de Jean Perzel, Jacques Le Chevalier et Boris Lacroix, notre lampadaire s’inscrit dans les recherches de l’Union des artistes modernes, un mouvement né en 1930 et prônant un art novateur et social. Le métal, pour sa légèreté et sa production industrielle, devient leur matériau de prédilection. Un choix que faisait le plus souvent Louis Damon. Cet artiste et marchand est à l’origine de notre lampadaire Saturne. Propriétaire du magasin Au Vase étrusque en 1887, il édite à ses débuts des verreries qu’il présente dans son magasin du 20, boulevard Malherbes. Homme de goût, il sait également s’entourer des meilleurs. Ainsi s’adressait-il aux frères Daum, à Nancy, pour exécuter ses modèles en verre doublé de couleur ; les pièces étaient ensuite décorées à la roue de motifs art nouveau dans son atelier parisien, parfois par lui-même. Louis Damon se lance dans la fabrication de luminaires en 1931. Esprit rebelle et imaginatif, il délaisse le verre pressé au profit du verre dépoli pour ses lampes d’intérieur. Il imagine même un verre émaillé à l’intérieur et dépoli à l’extérieur, donnant naissance à une matière diaphane pour diffuser de manière égale la lumière, mais suffisamment opaque pour cacher les ampoules. Il associe cette création au métal, au bronze, au chrome ou au cuivre nickelé. S’il dessine et édite lui-même un grand nombre de lampes, il sait également travailler en collaboration avec d’autres designers, à l’image de Martin et Garetto, les auteurs de ce lampadaire. Une création qui sera déclinée sous plusieurs formes, dont une lampe de table et une version en verre givré. La conquête de l’esthétisme et du fonctionnalisme !

lampadaire
Georges-André Martin & Garetto, éditeur Louis Damon (1860-1947),
lampadaire Saturne, vers 1930, métal nickelé à fut tubulaire, déflecteur pivotant et orientable,
h. 195, diam. 40 cm.

QUAND ?
Samedi 9 mai 2015

OÙ ?
Cannes. Cannes Enchères SVV. M. Faget.

COMBIEN ?
Estimation : 6 000/8 000 euros.

lampadaire
La Gazette Drouot n° 17 du samedi 2 mai 2015 - Caroline Legrand


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