La Gazette Drouot
Tête-à-tête amoureux
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Tête-à-tête amoureux
Un dessin de David figurant des amants légendaires fera prochainement battre bien des cœurs.
Retour sur une Love story antique...
Historiques ou romanesques, certains couples se portèrent un attachement tel qu’ils ont inspiré de nombreux artistes au fil des siècles. Tristan et Iseult, Roméo et Juliette, Héloïse et Abélard... Bien avant eux, la mythologie grecque est aussi jalonnée d’amants passionnés. Ils ont pour nom Orphée et Eurydice, Didon et Enée et, bien sûr, Pâris et Hélène, l’une des principales héroïnes de L’Iliade. Fille de Léda, elle devient vite célèbre pour sa beauté. Courtisée par tous les princes grecs, Hélène choisit Ménélas, roi de Sparte. Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes...
Jacques-Louis David (1748-1825), Pâris et Hélène, plume et encre noire sur traits de crayon noire, lavis gris, 21 x 26,5 cm .
Annoté de la main de David «Amores Hel/nis Paridis» et sur le montage «David avril 82».
Adjugé  310 000 euros,.
Évreux, dimanche 9 mai. Thion Enchères SVV. Cabinet de Bayser.
Las, c’était sans compter les tours de Vénus. En effet, la déesse avait déjà promis à Pâris l’amour de la plus belle femme du monde. Aidé de Vénus, le fils du roi troyen, s’embarque pour Sparte, où il est reçu par Ménélas. Profitant d’une absence du souverain, il séduit la reine, qui s’en éprend follement. Pâris enlève Hélène aussitôt et l’emmène en Troade, emportant aussi à l’occasion une partie des trésors de Ménélas. Les chefs grecs alliés partent alors en guerre contre Troie. Tentant de calmer la fureur de Ménélas, Pâris accepte de disputer Hélène en combat singulier. Battu, il garde néanmoins la jeune femme, comme le rapporte Homère : «Une autre fois, j’aurais mon tour, puisque des dieux, nous aussi, nous protègent. Mais allons nous mettre au lit et jouissons du plaisir de l’amour. Jamais avant ce jour un désir aussi fort n’a pénétré mon cœur»... La volupté amoureuse étant un hommage dû à Vénus, le jeune couple se tient durant le conflit presque toujours dans la chambre d’Hélène, comme l’illustre notre dessin. Inédit et proposé «dans son jus», il provient de la collection du regretté François Bigot, expert en préhistoire décédé l’an dernier. Le principal atout de notre œuvre est d’avoir été dessinée sur un papier préparé et reconnu d’époque par les experts. Il s’agit probablement d’une étude préliminaire au tableau demandé par le comte d’Artois, le futur Charles X, feuille que le peintre aurait présentée en réponse à la commande. Sans doute destinée au château de Bagatelle, la toile honore aussi les amours galantes du prince ; grand amateur de jolies femmes, le comte d’Artois s’était éperdument entiché de la comtesse de Polastron, une brunette aux yeux de braise. Réalisée quelques années avant Les Amours de Pâris et d’Hélène, aujourd’hui au Louvre, la composition célèbre le triomphe de l’amour sur la guerre : rangées au domaine des accessoires, comme en témoignent la pique et le bouclier accrochés au mur, les armes sont déposées. David, alors âgé de trente-quatre ans, applique également les théories nouvelles propagées par le peintre Mengs et l’archéologue Winckelmann. Il s’inspire ainsi de l’art grec pour représenter le décor : un somptueux lit aux lignes néoclassiques invite notre couple aux plaisirs amoureux, comme le rappelle aussi la figure d’une Vénus à demi couchée, sur le montant gauche. Coiffé d’un bonnet phrygien, Pâris contemple amoureusement Hélène, après l’avoir enjôlée aux sons élégiaques d’une lyre. Dans un déhanchement souple, la jeune femme s’abandonne. Dis-nous, Vénus, «Quel plaisir trouves-tu à faire ainsi cascader la vertu» ?
Chantal Humbert
http://www.gazette-drouot.com/static/resultat_vente_encheres/liste.html http://catalogue.gazette-drouot.com/ref/ventes-aux-encheres.jsp