La Gazette Drouot
Camelus dromedarius
A PARIS / Camelus dromedarius

De la péninsule Arabique à l’Afrique du Nord, le dromadaire s’avère un précieux auxiliaire de vie, auquel les arts décoratifs ont rendu de rares mais fort précieux hommages.

Lorsque, le 20 mai 1515, le rhinocéros offert par le sultan de Cambay au roi Manuel Ier du Portugal débarque à Lisbonne, il fait sensation. La vieille Europe n’avait pas vu une telle bête depuis douze siècles ! Les artistes allaient eux aussi être frappés par son aspect fantastique, Albrecht Dürer en premier lieu. Sa gravure connaîtra un immense succès... Le dromadaire n’a pas eu la chance de bénéficier d’une même aura. Son image avait davantage circulé et son usage domestique n’en a pas fait un animal mythique. D’ailleurs, lorsque Bonaparte crée durant la campagne d’Égypte un régiment monté sur ces «vaisseaux du désert», il ne s’y trompe pas : le camelus dromedarius est particulièrement adapté à la chaleur, alors que le chameau (camelus bactrianus) supporte mieux la grande amplitude thermique des déserts plus froids d’Asie. Ce dernier possède deux bosses, des réserves de graisses, car il a besoin de plus d’énergie pour survivre. Leur capacité à se thermoréguler permet à nos camélidés d’économiser jusqu’à cinq litres d’eau par jour, tandis que la forme ovale de leurs globules rouges les rend capables d’absorber plus de cent litres d’eau en quelques minutes sans que les érythrocytes n’éclatent. Et, vous le saviez déjà, cette eau n’est pas stockée dans leurs bosses, mais dans leur système sanguin et le tube digestif. Bref, des caractéristiques qui en font un être aussi sobre qu’endurant. Concernant le dromadaire, on distingue l’animal destiné à la monte ou à la course, appelé «méhari», de celui de bât ou de somme, le «djimel». Domestiqué il y a sans doute plus de 4 500 ans, il a rendu d’immense services aussi bien aux nomades qu’aux populations sédentaires. Sa représentation est relativement récurrente. On a par exemple découvert en Égypte une poterie en forme de tête de camélidé dans des strates datant de la période prédynastique. Le Louvre conserve un fragment d’une lampe syrienne d’époque romaine le figurant solidement harnaché, ainsi qu’une plaque en ivoire, dite «du Paradis terrestre», animée vers 870-875 d’une faune où figure un de nos digitigrades, la British Library possédant pour sa part un bestiaire enluminé du début du XIIIesiècle enrichi d’un méhari. Notre oeuvre – similaire à un exemplaire en argent doré exécuté en 1642 par Salomon van der Renne, à Dantzig, et ayant appartenu à la collection du baron Élie de Rothschild – démontre l’attrait que l’animal exerçait au XVIIe siècle sur les artistes allemands. Dans la même vente, on trouve également une paire de dromadaires traités de manière naturaliste, en bois peint et aux yeux de verre, un travail italien de la première moitié du XVIIIe siècle (h. 58, l. 81 cm) estimé 35 000/50 000 €. À cette époque moins apprécié dans l’Hexagone que le rhinocéros, dont la popularité avait été ravivée par la triomphale tournée européenne de Clara, entre 1746 et 1758, et par celui acquis par Louis XV, le dromadaire fait toutefois quelques timides apparitions dans les arts décoratifs français, sous forme de pendules ou de chenets. Un motif aussi rare qu’exotique.

ingres

Allemagne du Nord, Dantzig ?, XVIIe siècle.
Dromadaire et son guide en métal repoussé et doré,
61 x 41 x 27 cm.

QUAND ?
Lundi 9 mars 2015

OÙ ?
Drouot-Richelieu, salle 5-6.
Kohn Marc-Arthur SVV.

COMBIEN ?
Estimation : 20 000/30 000 €.

détail
Détail
La Gazette Drouot n° 9 du vendredi 6 mars 2015 - Sylvain Alliod


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