La Gazette Drouot
Deux collections d'oliviers
Un arbre pour l’éternité

Deux collections d’oliviers millénaires nous offrent l’occasion d’acquérir un rameau de l’histoire.
Une vente pas comme les autres... pour une espèce légendaire.

Collectionner des oliviers. Une idée peu commune, mais ô combien riche de sens. Voici en effet le symbole s’il en est de l’histoire du bassin méditerranéen. Considéré comme le premier des arbres dans la Bible, l’olivier peuple aussi la plupart des contes et légendes fondatrices de cette région. C’est dans le Jardin des oliviers qu’arrivèrent Adam et Ève fraîchement chassés du Paradis, avant que ce lieu ne soit le théâtre de la Passion du Christ. Entre temps, Dieu a choisi le rameau d’olivier comme symbole de pardon et de paix, signifiant à Noé la fin du Déluge. Les Grecs attribuent quant à eux sa naissance à la déesse Athéna, qui fit là «Le don le plus utile à l’humanité», mais aussi la satisfaction des Dieux, qui plus que toute autre offrande appréciaient l’huile d’olive. Celle-ci éclaira, nourrit et soigna hommes et femmes durant des siècles. Le rameau signifiant cette fois victoire et de force, il couronne la tête des vainqueurs des jeux Olympiques.
laboureur
Estimation :8 000/10 000 euros pièce.
Trois oliviers provenant du Portugal, variété Galega, h. 3,05-3,30 mètres, circonférence 5,50-7,30.
Montastruc-La-Conseillère, château de Lasserre, samedi 8 octobre. FEE - Stanislas Machoïr SVV.
Apparu dans sa forme sauvage il y a 14 000 ans, cultivé depuis le quatrième millénaire avant notre ère, l’olivier a alimenté les peuples d’Afrique du Nord, de Phénicie, de Grèce ou de Syrie... et assuré leur fortune. Son commerce devient florissant durant l’Antiquité. L’Empire romain permettant un négoce encore plus vaste, la diffusion de l’Olea europaea – espèce méditerranéenne – atteint bientôt un vaste territoire. À ce jour, l’olivier comprend une quarantaine d’espèces réparties dans le monde entier, du Japon à l’Amérique du Sud, en passant par l’Australie. Son bois est également l’un des plus résistants ; Hercule ne s’y était pas trompé, qui forgeait ses massues en son coeur. Il faut dire qu’avec son tronc noueux pouvant atteindre au fil des siècles plus d’une dizaine de mètres de pourtour, l’arbre est des plus impressionnants. Ce corps majestueux tient à l’étonnante capacité de l’olivier à se régénérer. Sans cesse il continue de grossir, le tronc d’origine laissant petit à petit place aux rejets qui se sont développés à la base de l’arbre... éternel. Difficile à juger avec précision, l’âge d’un olivier s’estime en fonction de la circonférence de son tronc. On le dit «millénaire» quand il dépasse, à 1,30 m du sol, les 3 m de périmètre. Il affiche alors les stigmates des siècles passés. Son écorce a quitté son aspect lisse pour devenir rugueuse et se creuser de profonds sillons. On oublie souvent que, non taillé, l’arbre peut grandir jusqu’à une dizaine de mètres de hauteur, trois ou quatre plus couramment... On se retrouve ainsi face à de véritables sculptures monumentales, chacune unique. Esthétiques ou symboliques, les raisons de collectionner des oliviers millénaires ne manquent donc pas. Quarante-cinq arbres provenant d’Espagne et du Portugal, de quatre variétés différentes (Gallega, Galega, Cordobil et Farga), seront proposés durant cette vente d’exception. Certains s’élèvent à près de 7 m et imposent un tour de taille à 9,30 m. Les estimations, elles, varient de 1 500 à 25 000 euros en fonction de l’âge, la taille, mais aussi de la rareté et de la beauté. Autant de paramètres qui permettront d’afficher son amour pour ces végétaux mastodontes, affichant à la pesée jusqu’à 16 tonnes. Et pour le transport, direz-vous ? Une société spécialisée dans le déplacement des oliviers sera présente à la vente et proposera ses services aux futurs acquéreurs. Avis à ces derniers, un lien tout particulier ne manque pas de se développer avec cet arbre ! Tel celui du commissaire-priseur, qui a baptisé chaque spécimen du nom d’un empereur romain. Numeriano sera ainsi accompagné de ses acolytes Vespasiano, Gallieno, Augusto ou Adrano. Un petit supplément d’âme pour ces grands témoins de l’Histoire.
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La Gazette Drouot N°34 -7 octobre 2011 - Caroline Legrand


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