La Gazette Drouot
Sculptures de ?François-Xavier Lalanne
Pastorale new age
Le traditionnel lapin de Pâques devra compter, à Cannes, avec les moutons et les brebis de l’univers de Lalanne. Bienvenue quelque part entre rococo et surréalisme.
Les pastorales, inspirées de la littérature antique, ont envahi la peinture : bergers et bergères, accompagnés de leur troupeau, idéalisent la vie agreste dans des paysages bucoliques... Le thème trouve un renouveau au XVIIIe siècle, quand François Boucher allie délicatesse du sentiment et simplicité rurale. Inventant un monde idyllique, les bergeries se propagent aussi, sous forme de fabriques. Dans le parc de Versailles, Marie Antoinette joue à la paysanne. Fredonnnant «Il pleut, il pleut bergère, presse tes blancs moutons» et foulant toute afféterie, le réalisme apporte ensuite une vision moins savonnée ! Venons-en à nos moutons, qui permettent aux pastorales de reprendre du poil de la bête au XXe siècle, sous la houlette de François-Xavier Lalanne. Natif d’Agen, le jeune homme monté à Paris s’installe impasse Ronsin, où il a pour voisin le sculpteur Constantin Brancusi. C’est le temps des copains, qui ont pour noms Tinguely, Larry Rivers, Niki de Saint Phalle, Jimmy Metcalf... À partir de 1956, François-Xavier Lalanne travaille avec Claude, sa seconde épouse. Les deux artistes, surnommés «les Lalanne», se démarquent de l’influence de Brancusi pour chacun développer un savoir-faire spécifique. Claude, en magicienne, choisit le végétal. Préférant l’animal, François-Xavier crée un bestiaire surréaliste et humoristique. Avec brio, il met en scène un monde d’animaux aussi étrange que celui d’Alice au pays des merveilles. Un beau matin de 1965, les premiers Moutons de laine investissent le living de l’impasse Robiquet, avant d’être titrés Pour Polyphème au Salon de la jeune peinture ; ils ont le parfum de la campagne à Paris et rappellent au sculpteur les prairies tranquilles de son Agenais natal. Tendres et paisibles, les moutons signent également le retour du lisse et de l’épure en sculpture. Face aux Accumulations mouvementées d’Arman, ils semblent répondre au tendre «dessine-moi un mouton» du Petit Prince. Réalisés en bronze, tôle, résine, laine, fibres naturelles, les moutons se soumettent aux contraintes de l’art décoratif...
Adjugé 164 700 euros et 152 500 euros frais compris.
Estimations : 32 000/38 000 euros chaque mouton, 23 000/28 000 euros la brebis.
François-Xavier Lalanne (1927-2008). Deux moutons et Deux brebis, sculptures en bronze et époxy stone, signés, tirages sur 250 et 1 500, fontes Landowski et Blanchet.
Cannes, dimanche 8 avril. Besch Cannes Auction SVV..
Toujours avec beaucoup d’humour. Seuls ou en troupeau, avec ou sans tête, gainés ou pas de leur toison, ils deviennent sièges et banquettes... jouant à saute-moutons ! En 1968, Bill Copley reçoit en cadeau de mariage un troupeau d’ovidés ; quatre ans plus tard, son divorce est gratifié d’un mouton noir fourré d’or sombre, par les Menil jouant sur la métaphore. Pour sa famille, François Xavier Lalanne réalise aussi des moutons tous terrains. Fabriqués en béton époxy, ces sculptures de jardin peuvent paître par les champs et en toutes saisons. Le milieu de la mode, la jet set new-yorkaise portent bientôt aux nues ces invites à la récréation, issues de lignées nobles du Suffolk ou venant des transhumances du Verdon. Utiles, spirituelles et surréalistes, nos bêtes engendrent plusieurs descendants. Rappelons que deux moutons provenant d’une collection cannoise, présentés le 30 décembre dernier par la même maison de ventes, obtenaient 117 120 et 122 000 euros, soit un record mondial. Gageons qu’après avoir pâturé dans une importante demeure du golfe de Saint-Tropez, notre troupeau devrait sans peine séduire un nouveau propriétaire... par sa belle et douce humeur moutonne.
La Gazette Drouot n° 13 - 30 mars 2012 - Chantal Humbert


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